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Sur les sept sceaux brisés par l'Agneau.

Sermon de Saint Bernard de Clairvaux pour le jour de Pâques. 1/2

Voici la première partie d'une des homélies de Saint Bernard de Clairvaux pour le jour de Pâques.

Saint Bernard de Clairvaux
22/03/2008

1. « Le lion de la tribu de Juda a vaincu (Apoc. V, 5). » Oui, la sagesse a vaincu la malice, en atteignant d'une extrémité à l'autre avec force, et en disposant toutes choses avec douceur ; mais s'il a montré sa force, c'est pour moi qu'il l'a montrée, et s'il a montré sa douceur, c'est à moi. Il a vaincu les blasphèmes des Juifs sur la croix , il a chargé de chaînes le fort armé dans sa demeure, et il a triomphé de l'empire même de la mort. O Juif, où sont tes opprobres? O Zabulon, où sont les vases de ta captivité? O mort où est ta victoire? L'accusateur a été confondu, le ravisseur s'est trouvé pris lui-même. C'est un nouveau genre de puissance! C'est à ce point que la mort même en est stupéfaite jusque dans sa propre victoire. Et toi, ô Juif, toi qui branlais la tête d'une manière sacrilège au pied de la croix, il y a deux jours à peine, que fais-tu aujourd'hui? Pourquoi jetais-tu l'opprobre à celui qui est véritablement la tête de l'homme, au Christ? « Que le Christ, disais-tu, que le roi d'Israël descende de la croix (Marc. XV, 32). » O langue venimeuse, quelle parole mauvaise, quels discours pervers! Ce n'est pas ce que tu disais peu de temps auparavant à Caïphe, quand tu t'écriais : il est de notre intérêt qu'un seul homme meure pour tout le peuple, plutôt que la nation périsse tout entière (Joan. XI, 50). » Mais comme ce que tu disais là n'était point un mensonge, ce n'est pas de toi-même que tu parlais ainsi. Ce que tu disais en parlant sous ta propre inspiration, c'est ceci : « S'il est le roi d'Israël, qu'il descende de la croix (Matth. XXVII, 42). « Ou plutôt ces paroles t'étaient suggérées par celui qui est menteur dès le commencement du monde. En effet, s'il est roi, ne doit-il pas plutôt monter que descendre, pour faire quelque chose qui soit en harmonie avec ce qu'il est? Tu as donc déjà oublié, antique serpent, avec quelle confusion tu fus obligé naguère de t'éloigner de lui. Lorsque tu eus poussé la présomption jusqu'à lui dire : « Jetez-vous en bas, et encore, je vous donnerai toutes ces choses, si, vous prosternant devant moi , vous m'adorez (Matth. IV, 9)? » Et toi, ô Juif, as-tu donc tellement perdu le souvenir de ce que tu as entendu dire, « que c'est du haut de l'arbre que le Seigneur a établi son règne (Psal. XCV, 40), que tu le renies pour roi, parce qu'il demeure attaché à l'arbre de la croix; Mais, après tout, peut-être as-tu oublié également que ce n'est pas pour les seuls Juifs, mais pour toutes les nations qu'il a été dit : Dites aux nations que c'est du haut de l'arbre que le Seigneur (a) établi son règne. »

2. C'est donc avec infiniment de raison que ce Gentil qui gouvernait la Judée plaça son titre de roi des Juifs au haut de sa croix. Les Juifs voulurent en vain changer cette inscription, ils ne purent pas plus y réussir qu'ils ne réussirent à empêcher la passion de notre Seigneur, et notre rédemption: «Qu'il descende de la croix, disaient-ils, s'il est le roi d'Israël. » Loin de là, au contraire, comme il est effectivement le roi d'Israël, il faut qu'il en garde le titre, qu'il ne se dessaisisse point de son sceptre, lui qui porte sur son épaule la marque de son empire (Is. IX, 6), selon le langage même d'Isaïe. « Ne mettez pas, disaient les Juifs à Pilate, ne mettez pas, roi des Juifs; mettez qu'il s'est dit roi(a)
des Juifs : » Et Pilate leur répondait: « ce que j'ai écrit, est écrit. (Joan XIX, 22). » Mais si ce que Pilate a écrit doit demeurer écrit, le Christ ne mènera-t-il pas à bonne fin ce qu'il a commencé? Or il a commencé l'œuvre de notre salut, il l'achèvera. Les Juifs disaient : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même (Matth. XXVII, 41). » Mais quoi! s'il descendait de la croix, il ne sauverait plus personne. Si celui qui ne persévère point jusqu'à la fin ne peut être sauvé, combien moins peut-il être Sauveur? Il sauve donc les autres, car, étant lui-même le salut, il n'a pas besoin d'être sauvé. Il opère notre salut et il ne veut pas que rien manque à la victime du salut, qu'il offre dans son sacrifice du soir. Il connaît tes pensées, a Juif mauvais, et il ne te donnera point l’occasion de nous frustrer du fruit de la persévérance qui obtiendra la couronne. Il ne fera point taire ceux qui prêchent aux autres, qui consolent les faibles, et qui disent à chacun : n'abandonnez point le poste que vous occupez, ce que tous feraient certainement s'ils pouvaient répondre: Le Christ a bien,abandonné le sien. Car le coeur de l'homme et ses pensées inclinent vers le mal. C'est donc en vain, esprit malin, que tu as préparé tes flèches dans ton carquois, et que tu ajoutes les soupirs de tes partisans aux outrages des Juifs. Les uns sont remplis de désespoir, et les autres de paroles injurieuses; mais le Christ est inaccessible à ce double trait. Pour lui, il y a temps pour fortifier ses disciples, et temps pour confondre ses ennemis.

3. Mais, en attendant, il aime mieux nous donner un exemple de -patience et d'humilité, faire acte d'obéissance et de charité, car telles sont les quatre pierres précieuses qu'il attache aux quatre bras de sa croix. En haut il place le joyau de la charité, à droite, celui de l'obéissance, à gauche celui de la patience, et, en bas, celui de l'humilité. Voilà les brillants dont il enrichit le trophée de la croix, en consommant d'oeuvre de sa passion, en se montrant humble sous les blasphèmes des juifs, patient dans les blessures que la langue de ses ennemis lui faisait à l'âme, et dans celles que leurs clous faisaient à ses membres. Quant à la charité, sa perfection éclate surtout en ce qu'il donne sa vie pour ses amis, et son obéissance consommée brille au moment où, baissant la tête, il rendit l'âme, dans: un acte d'obéissance qui alla jusqu'à la mort. Voilà les riches présents, voilà la gloire dont voulaient dépouiller l’Eglise du Christ ceux qui disaient : « S'il est le roi d'Israël, qu'il descende donc de la croix. » Ils voulaient la priver de la forme de d'obéissance, lui ravir ce puissant levain de charité et la frustrer de cet exemple de patience et d'humilité. Mais ils auraient dû effacer de l'Evangile ces paroles plus agréables et plus douces que le miel. en ses rayons. «Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13); » et celles-ci encore que Jésus adressait à son père : « J'ai achevé l'œuvre que vous m'aviez donnée à faire (Joan. XVII, 4) : » et ces autres aussi à ses disciples «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Matth. XI, 29); » ou bien enfin celles-ci : « Pour moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tout à moi (Joan. XII, 32). » Ce qui peine surtout le rusé et venimeux serpent, c'est le serpent d'airain qu'il voit élevé dans le désert, et dont la vue seule guérit les blessures qu'il a faites (Num. XXI, 8). Aussi n'est-ce pas un autre que lui, du moins je le pense, qui suggéra à la femme de Pilate la pensée dé lui envoyer dire : « Ne vous embarrassez point dans l'affaire de ce Juste, car j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée, dans un songe, à cause de lui (Matth. XXVII, 19). » Il était donc déjà vivement tourmenté alors, mais c'est surtout en ce moment que, se sentant singulièrement affecté par la vertu de la croix, cet ennemi du salut se repent, mais trop tard, de ce qui s'est fait. Aussi, après avoir poussé les Juifs à crucifier le Seigneur, leur inspira-t-il la pensée de lui dire de descendre de la croix. En effet, « s'il est le roi d'Israël, disent-ils, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui. » C'est bien là la ruse du serpent, c'est bien une invention de cet esprit pervers. L'impie avait entendu le Sauveur dire un jour : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (Matt. XV, 14) : » et il savait quel zèle il semblait avoir pour le salut de ce peuple; voilà pourquoi, animant de son excessive malice la langue des blasphémateurs, il leur suggère de dire : « Qu'il descende et nous croyons en lui. » Comme s'il n'y avait plus rien qui s'opposât à ce qu'il descendit, puisqu'il avait tant à coeur de les voir croire eu lui.

4. Mais que machine ce rusé serpent, et à qui entreprend-il de tendre des embûches? Car Celui contre lequel l'ennemi ne saurait rien gagner dans ses attaques, et à qui l'enfant de l'iniquité ne peut faire aucun mal (Psal. LXXXVIII, 23), Celui qui lit au fond des coeurs ne se laisse pas prendre à de vaines promesses, de même que, dans son excessive patience il ne s'émeut point de leurs outrageants blasphèmes. Le but secret de leurs conseils pervers n'était pas d'être amenés à croire eux-mêmes, avais de faire périr la foi, en nous, par tous les moyens possibles, si nous l'avions un peu. En effet, en lisant que « toutes les oeuvres de Dieu sont parfaites (Deut. XXXII, 4), » comment pourrions-nous reconnaître un Dieu dans celui qui aurait laissé l'oeuvre de notre salut imparfaite? Mais écoutons la réponse que Jésus fit à ces conseils. Tu demandes des miracles, ô Juif? «Eh bien, attends-moi au jour de ma résurrection (Soph. III, 8). » Si tu veux croire en moi, je te réserve des preuves plus concluantes encore que celles que tu me demandes. Quant aux miracles, j'en ai multiplié le nombre, ces derniers jours; hier encore, j'ai guéri des malades, aujourd'hui il me reste à mettre le comble à toutes ces merveilles. N'était-ce pas quelque chose de plus grand de voir les esprits malins sortir du corps des possédés, les paralytiques se lever de dessus leur lit; que de voir les clous dont tu as percé mes pieds et mes mains se détacher d'eux-mêmes? Mais le temps destiné à souffrir ne l'est point à agir, et, de même que tu n'as pu avancer l'heure de ma passion, ainsi tu ne peux empêcher qu'elle ne sonne.

5. Mais si cette génération adultère et perverse demande encore des prodiges, il ne lui en sera point donné d'autre que celui du prophète Jonas ( Matth. XII, 39); non pas un miracle de descente, mais un miracle de résurrection. Que si le Juif ne demande pas ce miracle-là, le Chrétien du moins l'accueillera et l'embrassera avec bonheur. Car le lion de la tribu de Juda a vaincu, et le petit du lion s'est éveillé à la voix de son père, il s'est élancé du fond de son sépulcre fermé, quand il n'était point descendu du haut de sa croix. Ce miracle-là est-il plus grand que l'autre? C'est ce que je laisse à décider à nos juges qui avaient pris un soin si diligent de veiller sur ce sépulcre, en le scellant de leur sceau et en y plaçant des gardes. Cette grande pierre dont la pensée préoccupait l'esprit des saintes femmes, « se vit ôtée par un ange qui s'assit dessus (Matth. XXVIII, 2, et Marc. XVI, 3), » dès que le Seigneur fut ressuscité, selon ce qui est écrit. Ainsi celui qui était venu au monde en sortant du sein fermé d'une vierge, sortit plein d'une vie nouvelle, de son tombeau également fermé, et entra ensuite dans le cénacle où ses disciples se tenaient les portes clauses. Mais il est un endroit d'où il ne voulut point sortir les portes fermées, ce sont les enfers; il en brisa les gonds de fer et eu mit toutes les barrières en morceaux, afin d'en emmener en pleine liberté les siens, ceux-là qu'il avait rachetés de la main de son ennemi, et d'en faire sortir, toutes portes ouvertes, la troupe de ses élus vêtus de blanc, parce qu'ils avaient lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau; oui blanchis clans le sang, attendu qu'en même temps que son sang coulait, il s'échappait avec lai une eau qui, purifie; c'est celui « même qui a vu cette merveille qui nous l'apprend;» mais dans le sang tout à la fois blanc et rose d'un agneau de lait, selon l'expression même de l'Épouse du Cantique des cantiques, qui nous dit : « Mon bien-aimé est blanc et rose, et se distingue entre dix mille (Cant. V, 10). » Voilà pourquoi aussi le témoin de la résurrection le montre vêtu d'une robe blanche avec un visage comme la foudre.

6. Mais s'il paraît suffisant, pour confondre les calomnies des Juifs, que le Christ, à qui ils disaient avec moquerie « s'il est le roi d'Israël, qu'il descende de la croix, » soit sorti de son tombeau, tout fermé qu'il fut, car ils avaient encore apporté plus de soin et de précaution à fermer et à sceller le tombeau du Sauveur qu'à enfoncer des clous dans ses mains; si, dis-je, le lion de la tribu de Juda a vaincu, en s'élançant ainsi de sa prison, et leur a montré une merveille bien plus grande encore que celles qu'ils lui demandaient, à quel miracle pourrons-nous après cela comparer celui de la résurrection. Nous voyons bien qu'il y eut avant lui plusieurs morts qui ressuscitèrent, ou du moins qui se relevèrent de leur couche sépulcrale; mais tout ces ressuscités ne sont que comme les précurseurs du Christ, dont la résurrection dépasse de beaucoup les leurs. En effet, tous les autres ne ressuscitèrent que pour mourir une seconde fois, or « Jésus-Christ ressuscite d'entre les morts pour ne plus mourir, la mort ne doit plus avoir d'empire sur lui (Rom. VI, 9). » Les autres morts ont encore besoin de ressusciter une seconde fois : quant au Christ, s'il est mort à cause du péché, il n'est mort qu'une fois, et s'il vit maintenant, il vit pour Dieu, il vit pour l'éternité (ibid. 10). C'est donc avec raison que nous disons de lui qu'il est le premier de ceux qui ressuscitent, car il est si bien ressuscité qu'il ne peut plus déchoir de la vie immortelle où il est remonté.

7. Il y a encore un point où éclate la gloire incomparable de cette résurrection. Quel est celui de tous les autres ressuscités qui s'est ressuscité lui-même? Il est inouï qu'un homme, dormant un sommeil de mort, se soit éveillé de lui-même, c'est un fait unique, il n'a jamais été donné à qui que ce soit, non, absolument à personne, de l'accomplir. Le prophète Elisée ressuscita un mort ( I Reg. IV, 35), mais un autre mort que lui-même, et, depuis tant d'années qu'il repose su fond de son sépulcre, il attend qu'un autre l'en fasse sortir; car il ne saurait sortir de lui-même; et celui dont il attend cela, c'est Celui qui a triomphé de l'empire de la- mort dans sa propre personne. Voilà pourquoi aussi, quand nous parlons des autres, nous disons qu'ils ont été ressuscités; et, en parlant de Jésus-Christ, qui seul est sorti de son sépulcre par sa propre vertu, nous disons qu'il est ressuscité, attendu que c'est en cela même que le Lion de Juda a vaincu. Que pourra-t-il, ou plutôt que ne pourra-t-il point, maintenant qu'il est plein de vie et qu'il dit à son Père : « Je suis ressuscité et me retrouve avec vous (Psal. CXXXVIII, 18)? » Que ne pourra-t-il point ce Dieu puissant qui fut compté parmi les morts, mais qui, dans leurs rangs, se trouva libre des chaînes de la mort?

8. Mais, de plus, il ne retarda point sa résurrection au-delà du troisième jour, afin d'accomplir la parole du Prophète qui avait dit : « Il nous vivifiera trois jours après, il noies ressuscitera le troisième jour (Osée VI, 3). » Il convient évidemment que les membres marchent sur les traces de leur chef. Ce fut le sixième jour de la semaine qu'il racheta l'homme sur la croix, le même jour que, dans le principe, il l'avait créé, et le lendemain il entra dans le sabbat du tombeau, pour s'y reposer de l'oeuvre qu'il venait d'achever. Trois jours après, c'est-à-dire le premier jour de la semaine, celui que nous appelons les prémices de ceux qui dorment du sommeil de la mort même, il apparut vainqueur de la mort. C'était l'homme nouveau. Voilà comment nous tous qui marchons sur les pas de notre chef, nous ne devons point nom plus tout lu jour de la vie, pendant lequel nous avons été créés et rachetés, cesser de faire pénitence, de porter notre croix et d'y demeurer attachés comme il y demeura lui-même, jusqu'à ce que l'Esprit-Saint nous dise de nous reposer de nos fatigues. Qui que ce soit qui nous conseille de descendre de la crois, ne l'écoutons point; non, mes Frères, n'écoutons ni la chair, ni le sang, ni même l'esprit qui nous le conseillerait. Demeurons attachés à la croix, mourons sur la croix, n’en descendons que portés par des mains étrangères, que ce ne soit jamais par le fait de notre légèreté. Ce furent des hommes justes qui détachèrent notre chef de la croix, puisse-t-il nous faire la grâce de charger ses anges de nous descendre de la nôtre, afin que, après avoir vécu en hommes le jour de la croix, nous goûtions le second jour, qui est celui qui commence à notre mort, un doux repos, dans l'heureux sommeil du sépulcre, en attendant l'accomplissement de nos espérances et la gloire de notre grand Dieu qui doit ressusciter nos corps le troisième jour, et les rendre semblables à son corps glorieux. Ceux qui restent quatre jours dans le tombeau répandent une odeur de corruption, ainsi qu'il est écrit de Lazare : « Seigneur, il sent déjà mauvais; car il a quatre jours qu'il est là (Joann. XI, 39). »

9. Ce sont les enfants d'Adam qui ont fait le quatrième jour, car ce jour n'est point une création du Seigneur. Voilà pourquoi ils se sont corrompus, et sont devenus abominables, tels que ces bêtes de somme qui pourrissent sur leur fumier. Ce qui est de la création de Dieu, ce sont les trois jours dont nous avons parlé, le jour du travail, celui du repos et enfin celui de la résurrection : ces trois jours ne plaisent point aux enfants des hommes, et ils préfèrent un jour de leur façon ; ils diffèrent donc de faire pénitence et suivent leur penchant pour la volupté ; mais ce jour n'est point un jour que le Seigneur aie fait; c'est un quatrième jour, et ceux qui l'ont fait. commencent déjà à exhaler une odeur de corruption. Le fruit saint des entrailles de Marie ne connaît point ce jour-là, il ressuscite le troisième jour, afin de ne point connaître la corruption. « Le Lion de la tribu de Juda a vaincu (Amos. III. 8), » dit le Prophète. L'agneau a été immolé, mais le lion a vaincu, et il va rugir; qui est-ce qui pourra l'entendre sans trembler; et ce lion, dis-je, le plus fort de tous les animaux, le seul qui ne tremble point à l'approche d'un autre, c'est le Lion de Juda. Que ceux-là qui l'ont renié, et qui ont dit : « Nous n'avons d'autre roi que César (Joann. XIX, 15), » tremblent maintenant. Que ceux qui se sont écriés : « Nous ne voulons point qu'il règne sur nous (Luc, XIX, 14), soient saisis de crainte; car voici qu'il revient après avoir gagné un royaume, et il va perdre les méchants. Voulez-vous être convaincus qu'il ne revient qu'après avoir acquis un royaume, écoutez ce qu'il dit : « Toute puissance m'a été donnée sur la terre et dans les cieux (Math. XXVIII, 18). » Entendez également le Père vous dire dans le Psalmiste : « Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour votre héritage, et j'étendrai votre domaine jusqu'aux confins de le terre. Vous les gouvernerez avec un sceptre de fer, et vous les briserez comme un vase d'argile (Psal. II, 8 et 9). » Si le lion est fort, il n'est pas cruel; néanmoins son courroux est terrible, intolérable est aussi la colère de la colombe (Jérem. XXV, 38). Mais, s'il rugit, c'est pour les lions, non point contre eux ; que ceux qui ne sont pas à lui tremblent donc, mais que la tribu de Juda soit au contraire dans la jubilation.

(a) Telle est la leçon de ce Psaume telle qu'elle se lit encore maintenant dans la version Romaine ou italique du Psaume XCV, ainsi que dans notre Psautier de saint Germain. Voir le Dialogue de saint Justin avec Tryphon.

Richard Tassel (1580-1660) La Résurrection du Christ. | ©