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Deir Mar Musa, une communauté vouée à la communion interreligieuse
La communauté chrétienne syriaque de Deir Mar Musa a été honorée du "Prix Euro-Méditerranéen" pour son action dans le dialogue entre religions et cultures.
Agence Misna
29/11/2006
Le monastère syrien de Saint Moïse l'Abyssin, connu aussi sous le nom de communauté de Deir Mar Musa el-Habashi, a obtenu le Prix Euro-Méditerranéen pour le dialogue entre les cultures, institué en 2005 par la "Fondation Méditerranée" et la "Anna Lindh Euro-Mediterranean Foundation for the Dialogue Between Cultures”. Anna Lindh était ministre des Affaires étrangères de la Suède lorsque le 11 septembre 2003, trois jours avant la référendum sur l’adhésion de son pays à l’Union européenne, elle fut tuée à coups de couteaux sans doute à cause de son européisme convaincu.
Remis au fondateur de la communauté syriaque, le jésuite père Paolo Dall’Oglio – qui a engagé en 1982 les travaux de restauration des ruines de l’antique structure conventuelle située sur les hauteurs désertiques de Nebek, à environ 80 km de Damas – le prix lui a été attribué “pour avoir promu le respect réciproque entre les peuples de diverses religions et convictions". En effet, la communauté de Deir Mar Musa est engagée depuis 1991 dans plusieurs activités visant à la création et au maintien de relations positives en particulier entre chrétiens et musulmans. Le religieux, un jeune jésuite arabisant, lors de la remise du prix a tenu une leçon sur le dialogue interreligieux, affirmant que la médiation, la modération et la transparence, accompagnées d’une grande persévérance sont les bases nécessaires pour construire un dialogue interreligieux fructueux.
Voici une présentation de la communauté à laquelle le prix a été décerné, extraite du site internet de Deir Mar Musa el-Habashi, en présentant l’histoire et la mission :
Deir Mar Musa, une communauté vouée à la communion interreligieuse
C’est pendant une période de grande souffrance dans cette région que, en 1982, un jeune jésuite arabisant, Paolo Dall’ Oglio, arriva aux ruines de Deir Mar Musa. Il s’y s’installa pour une retraite spirituelle de dix jours, durant laquelle, il découvrit trois priorités (prière, travail manuel et hospitalité) et un horizon (le rapprochement islamo-chrétien).
En 1984, il fut ordonné prêtre de Rite syriaque catholique. Dès lors, des camps d’été de travail et de prière, furent établis au monastère. Dans la même optique, avec le diacre Jacques Mourad, il débuta une nouvelle communauté monastique en 1991.
La première de ces trois priorités est la redécouverte de la vie spirituelle en tant qu’absolu. La vie dans la prière devient non pas un instrument, un moyen pour une fin, mais une fin en soi. L’ancien monastère en ruine était le symbole de la valeur de la vie spirituelle dans cette région mais il témoignait aussi du risque de la perte de cette valeur. Il faut mettre l’accent sur le fait que l’ancienne vie monastique orientale a toujours constitué un élément essentiel de l’âme chrétienne locale, mais aussi du monde culturel, symbolique et mystique de l’Islam. C’est pourquoi, la communauté de Deir Mar Musa doit avant tout fournir une atmosphère de silence et de prière pour la vie personnelle et sociale de ses moines et moniales.
La deuxième priorité, celle du travail manuel dans la simplicité évangélique, est un mode de vie en harmonie avec la Création et la société qui nous entourent. La redécouverte du travail manuel, du corps, de la matérialité des choses et d’une esthétique de justice et de gratuité est fondamentale pour la réalisation de cette priorité.
La troisième priorité est l’hospitalité abrahamique qui a toujours été considérée comme un geste sacré dans cette région. Ainsi, le monastère doit être considéré comme un lieu de rencontres permettant le dialogue et l’approfondissement de la recherche spirituelle et personnelle. Nous recherchons donc l’émancipation d’une culture étriquée et séparatiste au profit d’une ouverture dans la communion. Nous espérons également favoriser la solidarité entre les Eglises chrétiennes et nous soulignons la dimension œcuménique de notre vie communautaire. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’on veuille perdre la particularité tant syriaque que syriaque catholique du monastère.
Ces trois priorités sont en relation avec l’horizon suivant: l’émergence d’une relation islamo-chrétienne positive. Cette relation n’ayant pas toujours été facile de par le passé, la renforcer est une part intégrante de la vocation de tous les moines et moniales de Deir Mar Musa. Le choix de la langue arabe pour la vie sociale et liturgique de la communauté monastique est profondément lié à cet objectif. Cette perspective d’intensification de la collaboration interculturelle et interreligieuse a reçu l’aide de la Commission Européenne, de la Fondation Orseri de Rome et de la Solidarité-Orient de Bruxelles ainsi que d’autres. Dans la perspective d’une meilleure compréhension du contexte dans lequel nous vivons, une bibliothèque spécialisée se développe dans le monastère. Elle comprend des textes classiques sur la Chrétienté et l’Islam, ainsi que des textes sur des disciplines ‘ponts’ comme la psychologie, la sociologie, la philosophie, l’anthropologie... Une attention particulière est consacrée à l’étude de la pensée du grand islamologue chrétien Louis Massignon. Ses réflexions engagées et sa vie constituent pour nous une source constante d’inspiration. Le monastère est engagé également dans l’organisation d’ateliers et séminaires qui facilitent les échanges d’expériences et d’idées.
Dans cette même optique, la communauté a récemment pris en charge le monastère de Mar Elyan (Saint Julien), à 50 kilomètres au nord-est de Deir Mar Musa dans la petite ville de Qaryatayn, majoritairement musulmane. Nos espoirs et rêves s’élargissent aussi afin de tisser des relations et des liens de communion dans différentes parties du monde islamique. En vue de cela, un monastère virtuel est même en élaboration sur internet.
D’autre part, il est vite devenu évident que l’espace dans le monastère ne serait pas suffisant pour héberger la communauté et ses visiteurs. Il a donc fallut ériger, de manière traditionnelle, des bâtiments annexes (tirant parti des grottes déjà existantes) pour loger les moines ainsi que les visiteurs masculins.
Actuellement, un troisième édifice important est en cours de construction, de l’autre côté du wadi que surplombe le monastère. La construction est réalisée de manière traditionnelle et réemploie les matériaux d’anciennes maisons démolies. Ainsi, nous aurons plus de place pour les activités culturelles et les retraites spirituelles. Les moniales et les femmes logeront alors dans ce nouveau bâtiment. Le monastère quant à lui, sera réservé à l’accueil des gens de passage ainsi qu’à la vie communautaire.
La présence de l’altérité inoxydable et insoluble au long des siècles ne sera plus source d’angoisse, de tension et de guerre mais poussera au contraire les croyants à scruter attentivement le mystère constitué par la différence. Nous voulons participer à la mise en marche et au développement de procédés aptes à créer une culture partagée centrée sur les valeurs de Paix, de Respect profond et d’Interaction tant interpersonnelle que intercommunautaire. Cela ne manquera pas de faciliter la diffusion d’importantes conquêtes de la société civile globale contemporaine à savoir: la signification de la dignité de la conscience individuelle, l’énorme importance de l’émancipation féminine (tant sur le plan anthropologique que social), l’inviolabilité des droits fondamentaux des individus et des groupes et enfin, la fertilité du pluralisme culturel en tant que tel.
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Le monastère de Deir Mar Musa | © jgreen.de
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