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Cultures > Ciné

"Syriana", reçoit l'Oscar du meilleur second rôle masculin pour Clooney

« Tout est lié » nous dit l’affiche et, pour vivre régulièrement dans ce siècle, on a bien compris que tout était lié : le monde politique et celui de la finance, les problèmes du Moyen-Orient avec ceux des Etats-Unis, la religion et l’argent, le boulot des pères avec les problèmes des enfants...

Magali Van Reeth pour le diocèse de Lyon
05/03/2006

Donc Syriana, c’est tout ça à la fois et en même temps, un tourbillon de plus de deux heures où les désordres de la planète se cognent aux tourments affectifs de quelques hommes. Et oui, les femmes sont étrangement absente de ce film, ou réduites à quelques clichés qui nous font bien comprendre dans quelle estime le réalisateur les tient : rien de bien important.

On suit 6 personnages principaux sans jamais tout à fait comprendre quelle est leur fonction exacte, autant dans la vie professionnelle du personnage que le personnage lui-même dans le film, ce qui rajoute à la perplexité ambiante. Jeffrey Wright interprète un avocat célibataire, affublé d’un père alcoolique qui vient parfois échouer sur les escaliers de son appartement qu’on devine très classe. Il est membre d’un prestigieux cabinet dont on ne sait jamais vraiment s’il travaille contre les méchants industriels capitalistes ou pour eux. George Clooney joue l’espion fatigué, flanqué d’une femme qu’on ne verra jamais et d’un fils étudiant qui veut une vie normale, c’est-à-dire une voiture correcte. On est au début content de comprendre qu’il travaille pour la CIA mais au bout d’une heure, on ne sait plus qui veut se débarrasser de lui, le FBI, le Hezzbolah ou sa maison mère. Matt Damon est la cerise sur le gâteau, un beau gosse américain plus cliché tu meurs, habitant à Genève avec une famille idéale, celle des magazines. On ne sait pas s’il travaille pour une chaîne de télévision ou pour un cabinet de consultant et, à la suite d’un drame personnel, il se retrouve à travailler pour ceux qui ont tué son fils, sans doute attiré uniquement par l’appât du gain, à moins qu’il ne veuille juste fuir le bacon végétarien que lui sert sa femme au petit déjeuner.

Il y a encore un ouvrier pakistanais qui se fait exploiter, avec son père et quelques compatriotes, par une grande compagnie pétrolière d’Arabie saoudite et qui tourne à l’islam intégriste et au terrorisme en ayant juste voulu apprendre l’arabe. Et enfin un malheureux prince arabe, bardé de diplômes occidentaux et d’idéal démocratique qui doit passer après son frère (stupide, cupide, vendu au grand capital et traditionaliste bien sûr) pour succéder à son père. C’est la version mâle et contemporaine de Cendrillon où la bonne fée serait la CIA, on pressent que ça ne va pas être très poétique dans le final !

Justement, le final est un peu confus. Au bout de ces deux heures qui nous ont données le tournis à sauter sans cesse de Dubaï à New York via Genève et où les personnages ont juste le temps de dire deux phrases, on a peine à raconter l’intrigue et le qui-fait-quoi de la scène finale. Mais grâce à Syrania, on a bien compris que « tout est lié » dans ce bas monde et que les politiques, les financiers, les entrepreneurs et les marchands de pétrole s’en mettaient plein les poches sur le dos des consommateurs et de la démocratie !

Source : Diocèse de Lyon

de Stephen Gaghan, Etats-Unis, 2h08, 2004. Sélection officielle hors compétition Berlin 2006. Sortie en France 22 février 2006.

Matt Damon et George Clooney | © Warner Bros. France

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