Prier aujourd'hui

Couleur liturgique du jour : vert 16ème semaine du temps ordinaire

Les lectures de la messe du jour

Aujourd'hui nous fêtons...
Sainte Christine l'Admirable
Mystique à Saint-Trond

inXL6 vidéo

Billet d'humeur

Réagissons !
par Bénédicte Esnault

Les catéchèses

Vacances, loisirs, repos…
par + Marcel Perrier

La lettre info :

Pour restez au courant de l'actualité d'inXL6, laissez votre email ici.

Actu > Regards sur l'actualité

Caricatures de Mahomet : blasphème ou désacralisation ?

Guerres des signes, guerre des symboles, l'affaire des caricatures danoises de Mahomet secoue le monde entier. Comment comprendre cet affrontement insolite ? Qui oppose-t-il au juste ?

Thomas Gueydier
08/02/2006

L’affaire des caricatures de Mahomet n’en finit plus de rebondir. Depuis qu’un hebdomadaire danois a décidé de publier ces dessins représentant le fondateur de l’Islam affublé d’une bombe en guise de turban, le monde est en ébullition. Les journalistes d’une part, drapés dans la très noble liberté d’expression, et les musulmans, d’autre part, réclamant réparation pour une offense qu’ils jugent insupportable, sont rentrés en guerre. Une guerre de mots, une guerre d’images, une guerre de symboles mais une guerre bel et bien mondiale qui embrase tous les esprits ou presque.

C’est alors qu’il faut prendre partie, choisir son camp. Du moins est-ce l’ordre que semble nous intimer les médias eux-mêmes en mettant en scène des pathétiques confrontations entre les pour et les contre. Confrontations au cours desquelles le 11 septembre mais aussi le IIIème Reich ou encore l’Affaire Dreyfus refont surface…Mais quels sont ces camps au juste ? Telle est la question.

A première vue l’affaire des caricatures de Mahomet oppose le camp des hommes modernes, libres et affranchis de préjugés – religieux, en l’occurrence- et le camp des hommes religieux, traditionnels, se cramponnant au contraire à des vérités et à des images hérités du passé qu'ils estiment aussi intouchables les unes que les autres. En d’autres termes, il y aurait, à en croire les médias eux-mêmes et certains musulmans d’ailleurs, d’un côté les tenants du profane et de l’autre les tenants du sacré.

Mais force est de constater que les choses sont plus compliquées. Il y a fort à parier en effet que le débat ne se pose pas en ces termes. Car d’un côté les tenants du profane, que sont les journalistes, agissent aussi en se référant à une réalité qu’ils considèrent comme intouchable, a priori incritiquable et sans conteste indubitable, une réalité « sacrée » : la Liberté de la Presse. D’un autre côté, les musulmans réagissent au nom d’une idée sortie tout droit du siècle des Lumières, une idée « profane » en quelque sorte : la Tolérance.

Quel camp devons-nous donc choisir dans la querelle des caricatures ? Sûrement pas celui de ceux qui manipulent la colère des foules plusieurs mois après la première publication des dessins incriminés, incendient les ambassades voire appellent au meurtre mais sûrement pas non plus celui des faiseurs de scandales qui agissent comme si tout ce qui était imprimé dans leurs journaux, parce qu’imprimés leurs journaux, était irréfutable, incritiquable, intouchable, c’est-à-dire sacré.

La position du Saint Siège est elle aussi subtile dans ce déchainement de passions. En défendant le respect de la religion musulmane, le message romain est aussi à destination des musulmans, rappelle justement le P. Justo Balda Lacunza, président du Pisai (Institut pontifical d’études arabes et islamiques) cité par le quotidien La Croix : «L’Église catholique défend la liberté religieuse des musulmans. Elle explique qu’il faut tenir compte des symboles et textes qui ont une sacralité. Mais elle demande aussi que le droit des chrétiens à exercer leur religion soit respecté en monde musulman, là où ils sont minoritaires…».

En outre, il se pourrait bien que cette affaire, loin d’être un nouvel avatar du choc des civilisations, soulève des problèmes internes à la démocratie occidentale qui concernent tout simplement l’idée que nous nous faisons de l’articulation entre Liberté et Tolérance. Problèmes abordés, par exemple, il n’y a pas si longtemps à l’occasion du vote de la loi interdisant les signes religieux à l’Ecole.

Comment comprendre en effet qu’un pays interdise par principe les signes religieux à l’Ecole tout en permettant qu’on publie à travers le monde des signes anti-religieux au nom même des valeurs républicaines et comme pour prouver l’excellence de ces dernières.

Comment justifier le cantonnement du religieux, au nom du respect, sans modérer l’anti-religieux, au nom du même respect ?

| © DR

Réagissez sur le forum