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Cultures > Découvertes
Les nouvelles du Courtour - Mars 2005
Des traces de Corto aux Traces d’Humanité…
Nouveau billet de Thibault Mayaud, parti faire le tour du monde sur les traces de Corto Maltese, à la recherche des traces d'humanité. Une fois commencé le voyage en Chine, difficile de revenir en arrière, et pour être honnête, aucune envie non plus. Seulement celle d’aller chaque jour un peu plus loin dans cette quête des traces du marin de Pratt. Si le parcours asiatique de Corto ne sort guère de Chine, l’occasion était toutefois trop belle d’aller dans les pays alentours à la rencontre d’autres initiatives solidaires de qualité...
Thibault Mayaud
26/03/2005
Shanghai – Hong Kong, Hanoi – Hué, … Voilà ce qu’on pourrait dire en résumé pour présenter le voyage s’il ne s’agissait que de présenter sommairement les étapes. Shanghai & Hong-Kong, deux métropoles chinoises au développement économique saisissant ; Hanoi & Hué, les étapes vietnamiennes d’un pays émergeant dont les ambitions sont encore freinées par une économie qui oscille entre marché libéral et idéologie communiste… Voilà ce qu’on pourrait également dire, mais ce serait de toute façon insuffisant au regard du nombre de rencontres et de découvertes que recèle une parcours si riche !
Derniers pas en Chine sur les traces de Corto
Sur les traces du marin de Pratt, le parcours se limite normalement à la Chine, où se passe l’album intitulé « Corto Maltese en Sibérie ». Et c’est bien assez, au regard des les difficulté à retrouver quoique ce soit dans ce pays qui a tellement changé. « Plus ces dix dernières années que pendant les dix siècles qui ont précédé, » s’amusent à dire les quelques chinois anglophones croisés sur la route, dans le train entre Dalian et Shanghai d’abord, puis entre Shanghai et Hong-Kong ensuite. On pourrait penser cette comparaison exagérée, que le communisme définitivement imposé dans les années 50 a donné une toute autre allure au pays, mais il l’a au contraire figé dans un statu presque quo, qui a duré jusqu’à l’ouverture amorcée il y a quelques années vers l’économie de marché, en application de l’adage populaire qui dit « blanc ou gris, l’essentiel est que le chat mange la souris » Le chat, c’est bien sûr l’Empire Céleste, et la souris le reste du monde ! Et le chat à fin. Avec une croissance annuelle de 10%, la Chine dévore l’énergie de la planète et fait monter partout le cours des matières premières. Avec 18% pour elle seule, Shanghai s’affiche comme le symbole de cette croissance et tire derrière elle le pays. Ce qui ne se fait évidemment pas sans une croissance parallèle des inégalités qui s’accentue entre riche et pauvres, entre villes et campagnes. A Shanghai, Monsieur John Zang Jin Die, professeur à la retraite, tente à sa manière de lutter contre ce phénomène, consacrant, à défaut de l’argent qu’il n’a pas, son temps et son énergie à venir en aide aux plus démunis. A Hong-Kong, ce sont les élèves de l’école Française Internationale qui ont été sensibilisés par un de leurs professeurs et qui tentent d’apporter leur soutien aux Enfants du Ningxia, une région pauvre du nord de la Chine où le prix de la scolarité empêche un certain nombre de petits chinois d’avoir accès à l’école que le gouvernement décrète pourtant obligatoire pour chacun dans cette république « populaire ».
Deux rencontres passionnantes qui font oublier l’amertume (toute relative) de ne retrouver aucune trace de Corto dans ce pays dont la physionomie a tant évolué ces dernières années… et qui donnent d’autant plus de courage pour avancer sur la route par le Vietnam, le Cambodge et la Thaïlande, vers la prochaine "vraie" étape du Cortour, à savoir l’Ouzbékistan, pour une remontée à contre courant de la route de la Soie et de l’itinéraire de Corto dans « la Maison Dorée de Samarkand »
Le Vietnam, rejoint en avion depuis Hong-Kong, s’offre après les incontournables tracasseries administratives du régime communiste qui ne veut rien lâcher… Titulaire d’un aller simple, je me vois contraint d’acheter le retour pour accéder au territoire, afin de prouver en toute bonne foi que je n’ai pas l’intention d’immigrer illégalement dans ce pays… Voilà qui pourrait figer le touriste de passage dans une attitude de défiance vis à vis de l’administration locale et plus généralement du peuple Vietnamien ! Mais la chaleur de l’accueil réduit à néant toute velléité de se formaliser. Si les chinois, dans leur grande majorité (ce jugement ne rejette pas l’exception, et de toute façon n’engage que moi…) ont un contact de prime abord assez distant, pour ne pas dire froid, les vietnamiens ont quant à eux le sourire au bords des lèvres. Rien, sans doute, à côté du Cambodge et de la Thaïlande, qui se disputent chacun le titre de Pays du Sourire, mais suffisamment pour que le contraste avec la Chine soit en lui seul saisissant…
La boulangerie française pour sortir du pétrin...
L’architecture et le développement sont également deux vrais contraste avec la Chine. Les petites villes chinoises abritent souvent de 7 à 10 millions d’habitants, Hanoi, capitale vietnamienne, n’en compte officiellement que 3 millions! Plus surprenant encore, le nombre de deux roues : pas moins d’un million, une pour trois habitants, ce qui, ajouté à l’incessante activité de la ville, donne à Hanoi l’allure d’une fourmilière en perpétuelle effervescence ! Une fourmilière avec quelques "reines", et de bien plus nombreuses ouvrières… qui n’ont, une fois encore, et dans le meilleur des cas, que la possibilité de travailler incessamment pour à peu près survivre. A ceux-là, l’association coup de pouce vient apporter un petit plus, en multipliant les parrainages d’enfants pour leur permettre d’aller à l’école, en favorisant le développement de structures sanitaires de bases ou en donnant aux foyers les plus pauvres les moyens de s’assurer une source de revenus réguliers.
Hué, ancienne capitale de l’ancien Royaume, offre une vision beaucoup plus calme de la vie vietnamienne… La province, comme on l’imagine par chez nous, avec son marché, sa vie au rythme plus serein, ses animations plus réduites aussi… Aux touristes de plus en plus nombreux qui la visite, cette ville offre par la multitude de ses palais plus ou moins rénové, des temples et pagodes qui pullulent dans la campagne proche, le témoignage d’un passé fastueux, et l’on se prend à rêver aux très riches heures de Tu Duc en visitant cette résidence secondaire de l’empereur et de sa suite… Aux orphelins qui rêvent moins aujourd’hui, qu’un avenir incertain, ou plutôt trop certainement bouché ne fait pas rire, les volontaires de La Boulangerie Française tente d’apporter quelques raisons d’espérer en les formant aux techniques de nos traditions boulangères qu’ils n’auront pas trop de peine à faire valoir auprès des restaurants et hôteliers de la région, toujours soucieux de séduire la clientèle touristique de plus en plus nombreuse. Il faut aussi mentionner l’initiative tout à fait salutaire de la Région Nord Pas de Calais, représentée ici par Antoine Erout, qui, dans le cadre sa politique de coopération décentralisée, travaille de concert avec l’administration du district de Hué pour assurer la conservation du patrimoine architectural local. C’est aussi là que se joue la solidarité.
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Corto... ou Capitaine Haddock ? | © d.r.
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