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Cultures > Découvertes

Février 2005, le Cortour a pris son élan...

Chose promise, chose due. Il était question de partir fin janvier sur les Traces de Corto Maltese pour y découvrir les décors dans lequel Hugo Pratt aurait pu faire évoluer son héros s’il avait encore été de ce monde, et s’il avait bien entendu souhaité donner un cadre moderne à ses aventures... Il était également question de mettre en lumière quelques traces d’humanité qui poncturaient ce parcours afin de lui donner une dimension humaniste à la hauteur du personnage de Bande Dessinée sur lequel s’appuie le projet.

Thibault Mayaud
22/02/2005

Depuis un mois, le projet a donc pris son envol, et j’ai fait un premier petit bout de chemin dans les pas de Corto... Manzouli, le Lac des Trois frontières, Kharbin, Moukden et Port-Arthur, les amateurs de la série apprécieront, quant aux autres, plus férus de géographie, je parlerai du lac Dalaï Hu, Shenyang et Dalian (nouvelles appellations respectives de Moukden et Port-Arthur...), mais également de Beijing, du Transmanchourien et de tous les projets passionnants rencontrés en chemin.


Première rencontre très riche au sein d’un orphelinat

Parti de Paris le 20 janvier, par une journée froide et pluvieuse, je quittais la France sans trop de regret, sachant le compte à rebours avant le retour entamé, mais imaginant surtout par avance la multitude de découvertes et de nouveautés que ce voyage me donnerait à vivre. L’arrivée à Beijing eut certes lieu sous un froid plus vif, mais le soleil brillait et des amis m’attendaient déjà pour m’offrir le gîte et me faire bénéficier de l’expérience acquise en cinq années chinoises et de conditions idéales pour démarrer ce long voyage !

Je profitais donc de leur accueil pour me familiariser avec la Chine, régler quelques derniers préparatifs, et visiter la capitale de ce grand empire dans les grandes largeurs, en passant notamment quelques heures assez fraîches mais tout à fait merveilleuses au sein de la Cité Interdite qui accueillit ce fameux dernier empereur dont je retrouverai la trace un peu plus loin dans ce voyage… Je profitais également de ces dix premiers jours pour rencontrer Guillaume Gauvain, qui a monté il y a tout juste deux ans en compagnie de son épouse le tout premier orphelinat pour enfant aveugle dans la banlieue de Beijing. Leur association Béthel, dont l’ampleur prouvent l’efficacité et le sérieux, s’appuie aujourd’hui sur un très beau projet de village à construire qui méritaient les quelques kilomètres à faire pour lui rendre visite.


Des températures atteignant 󈞊°C !

Ce petit séjour pékinois achevé, je partais donc pour le nord de la Manchourie, en avion tout d’abord à Haelar, en Mongolie intérieure, puis en voiture pour les 300 derniers kilomètres jusqu’à Manzouli, ville frontière entre la Chine, la Russie et la Mongolie. Ville à proximité de laquelle se trouve le Lac des Trois Frontières où disparaissait le train chargé d’or tant convoité dans l’album de Corto en Sibérie. J’ai retrouvé le lac mais pas le trésor, et je suis donc reparti bredouille de cette ville, heureux presque de quitter après seulement 48 heures ces contrées plates et désolées où la température tournait aux alentours de -30°C... Pour être tout à fait honnête, les paysages étaient absolument magnifiques mais l’esprit congelé du voyageur en herbe n’était pas en mesure d’en apprécier la grandeur !

Poursuivant vers l’est les traces de mon marin égaré au cœur des terres mandchoues, j’essuyais successivement deux échecs dans ma tentative de retrouver les lieux d’inspiration de Pratt en visitant les villes d’Ha’erbin et de Shenyang, citées tour à tour dans les aventures sibériennes et dans la Jeunesse de Corto Maltese. Les villages d’autrefois sont devenus des centres industriels de plus de 7 millions d’habitants, où la pollution n’a pas grand chose à envier aux capitales que l’on cite régulièrement en exemple, et où une fois encore le froid sibérien gelait toute tentative d’émerveillement dans l’œuf... Toute, pas complètement, puisqu’il m’a quand même été donné de visiter Ha’erbin et son Festival international de Statues de Glace sous un soleil absolument magnifique. Et c’est très beau...


La route continue vers Shanghai

Heureux de poursuivre vers la mer de Chine et des températures plus clémentes, je regagnais enfin Dalian pour y passer le Nouvel An chinois, découvrir la toute nouvelle Alliance Française et visiter Lüshün, que l’on appelait encore Port-Arthur il y a moins de cent ans. Le réveillon du Nouvel An, que l’on a l’habitude de fêter dans nos pays, n’a rien de commun avec celui que j’ai découvert ici. La manifestation la plus éclatante ! de cette différence se caractérisant par les pétards et feux d’artifices qui sont allumés pendant deux jours en tous coins de la ville, au milieu des passants et de la circulation, qu’il soit une heure chrétienne pour dormir ou rabelaisienne pour manger ! En résumé, tout le temps, partout et par tous. Je dois sans doute aujourd’hui de n’être ni sourd ni blessé à mon art consommé de passer entre les gouttes, mais au nombre d’ambulances que j’ai vues ou entendues ces quelques jours dalianais, tous n’ont manifestement pas eu cette chance !

Pour finir cette première partie de voyage en Chine, il suffira de dire que j’ai retrouvé à Port-Arthur les traces les plus manifestes du passage de Corto entre les canons russes et japonais savamment entretenus par la Chine Populaire qui stigmatise ainsi les rivalités étrangères dont elle a effectivement souffert jusqu’en 1949 ; mais aussi que j’ai découvert ici avec beaucoup de respect l’admirable travail qu’y fait l’Alliance Française pour développer dans la population l’amour de notre langue et tenter de perpétuer par la même occasion les valeurs humanistes qui ont présidé à la fondation de cette institution vers la fin du XIXème siècle.

Et déjà il est temps de reprendre la route qui mène à Shanghai, où la Chine moderne et conquérante s’affirme dans toute sa splendeur...


Retrouvez les photos, les carnets de voyages et toutes les autres informations sur www.cortour.com

Le Festival international de Statues de Glace, à Ha’erbin | © T.Mayaud