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Le scandale mou de Michel Onfray

A lire le " Traité d’athéologie ", le dernier livre de Michel Onfray, le parangon de l’antichristianisme contemporain, le champion pourtant reconnu de la haine contre les religions et le pourfendeur sans foi ni loi de tous les clergés, on s’aperçoit que les catholiques n’ont pas beaucoup de soucis à se faire.

Thomas Gueydier
17/02/2005

Une chose est certaine : Michel Onfray a l’âme d’un proscrit. A coup sûr, il aurait voulu être un paria, un réprouvé, un incompris. Son rêve, c’est évident, est d’entrer un jour au panthéon de tous ceux qu’ont opprimés les religions depuis des siècles. Pour ce faire, il s’évertue vraiment à mettre toutes les cartes dans son jeu. Ses efforts en matière d’islamo-phobie, par exemple, sont particulièrement spectaculaires. Seulement voilà, n’est pas Salman Rushdi qui veut, ni Karl Marx d’ailleurs.

Il ne suffit pas de dire que les chrétiens sont très très méchants, comme les musulmans et les juifs, qu’ils sont bêtes comme leurs pieds et que l’Eglise se trompe tout le temps pour mériter le titre d’ennemi de la foi. Or, le fameux traité d’athéologie, dont on parle tant pourtant, n’est rien d’autre qu’un tissu d’accusations gratuites et de lieux communs tous aussi insignifiants les uns que les autres : " en matière de science, l’Eglise se trompe sur tout depuis toujours ", " les religions monothéistes ne vivent que des prescriptions et d’invitations ", " projetée contre autrui, elle (la religion monothéiste) fomente le mépris, la méchanceté ", " la science (quant à elle) produit des explications rationnelles, appuyée sur des raisonnements ", "La culture de Paul ? Rien, ou si peu", "le Vatican aime Adolf Hitler", "La Genèse défend l'esclavage" etc.

C’est presque décevant. Il est vrai que, depuis quelques temps, le retour du religieux aidant, les chrétiens manquent un peu d’adversaires. Certains d’entre eux auraient peut-être voulu s’exercer à la confrontation et se frotter à des contradicteurs. L’oeuvre d’un auteur professant l’athéisme se présentait ainsi comme une véritable aubaine. Mais force est de constater qu’ils n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Il est loin le temps des Feuerbach, Freud, Sartre et autres maîtres du soupçon.

Si Michel Onfray est donc inoffensif, il n’en est pas moins inquiétant. Sa popularité croissante prouve que la société (médiatique) dans laquelle nous vivons n’arrive plus à faire la part des choses. Elle confond en l’occurrence un intellectuel digne de ce nom et un imitateur de penseurs. C’est le même aveuglement qui met à l’honneur les jeunes produits de la télé-réalité. Sous certains aspects, Michel Onfray est à la philosophie ce que Steevy est au journalisme. C’est un peu dommage.

| © DR

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