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Cultures > Musique

Des concerts ostentiblement religieux !

Heureuse initiative, la Cité de la Musique programme sous le titre "la Foi militante" cinq concerts de musique sacrée. Rappelant au passage que très au-delà de la sphère privée, la musique a de tout temps été au service de la foi, en accompagnant les prières, les louanges, les actions de grâce ou les cérémonies de deuil.

Cité de la Musique
11/01/2005

Or, si la foi peut être synonyme de retrait hors du monde, elle peut aussi dicter des prises de position qui, chez un Schönberg ou un Britten, sont de véritables protestations. Des professions de foi, ou mieux : des actes de foi.

«L’art, écrivait Schönberg dans un aphorisme de 1910, est le cri de désespoir de ceux qui font en eux-mêmes l’expérience du destin de l’humanité entière.»

5 concerts du 12 au 18 janvier

"War Requiem" de Britten
Écrit en 1962 pour l’inauguration de la nouvelle cathédrale de Coventry (l’ancienne avait été détruite par les bombes de la Seconde Guerre mondiale), le War Requiem de Britten est une œuvre monumentale, tant par ses proportions que par ses effectifs.

En cherchant une imbrication entre le texte sacré de la messe des morts et les poèmes de Wilfred Owen (tombé à l’âge de vingt-cinq ans lors de la Première Guerre mondiale), Britten a voulu juxtaposer trois espaces sonores : au premier plan, deux soldats (ténor et baryton) accompagnés par un orchestre de chambre commentent musicalement les vers d’Owen ; au second plan, la soprano soliste, le grand chœur et le grand orchestre donnent voix à la lamentation liturgique ; enfin, dans une sorte d’au-delà, le chœur de garçons et l’orgue semblent suspendus entre ciel et terre, loin de la rumeur des batailles.

"Symphonie des psaumes" de Stravinsky et "Kol Nidre" de Schönberg

Composée «à la gloire de Dieu», comme l’indique son exergue, utilisant les textes en latin des psaumes 38, 39 et 150, la Symphonie de psaumes de Stravinski, écrite en 1930, marque son retour à une pratique religieuse, après de longues années d’indifférence.

Le Kol Nidre de Schönberg, quant à lui, fut concrètement destiné à accompagner une célébration. La partition, tonale de part en part, est en effet le résultat d’une commande d’un rabbin de Los Angeles pour la cérémonie du Yom Kippour (Grand Pardon) dans une synagogue. Mais elle est loin d’être pour autant une simple œuvre de circonstance : dans son adaptation des différentes versions existantes du texte, Schönberg semble s’être souvenu de sa récente reconversion au judaïsme, au moment où, en 1933, il quittait définitivement l’Allemagne.

"Musiques françaises sous Henri II"

Le siècle de Ronsard fut aussi celui des haines confessionnelles. Claude Goudimel (né vers 1520) mourut à Lyon en 1572, victime des massacres de la Saint-Barthélémy qui, en août 1572, décimèrent la population huguenote de la ville. Né vers 1530, Claude Lejeune, selon le témoignage de Mersenne, écrivit une confession de foi hostile au catholicisme, avant de tenter de fuir Paris durant le siège de 1590 et de trouver refuge à La Rochelle, une place-forte protestante. À travers les œuvres des plus grands compositeurs de l’époque, l’ensemble européen William Byrd brosse le tableau d’un pays déchiré.


Musique anglaise sous les Tudor

Au XVIe siècle, à la suite de la rupture d’Henri VIII avec Rome, l’anglicanisme ne s’est établi que peu à peu, et non sans troubles. Au début du règne des Tudor, le répertoire religieux anglais, d’obédience catholique, était encore caractérisé par sa magnificence et sa virtuosité vocale.

La réforme, sous les règnes d’Henri VIII puis d’Édouard VI, a imposé une écriture qui, au contraire, devait privilégier la simplicité et l’intelligibilité des mots du culte. Les chefs-d’œuvre de Thomas Tallis, John Taverner et William Byrd témoignent, par leurs expressions contrastées, des relations tendues entre la musique et le pouvoir ecclésiastique.


"Motets et Psaumes" Mendelsohn "Via crucis" Frants Liszt

Berlioz, qui avait rencontré Mendelssohn à Rome en 1831, a pu dire de lui : «Il croit fermement à sa religion luthérienne, et je le scandalisais quelquefois en riant de sa Bible.» L’ardeur luthérienne des premiers temps de la Réforme transparaît jusque dans sa musique d’orchestre (par exemple dans la Symphonie « Réformation »). Dans ses œuvres chorales (motets et psaumes, notamment), Mendelssohn s’éloigne peu à peu de l’influence de Bach, qu’il fut l’un des premiers à redécouvrir au XIXe siècle. «Bach, disait-il, transforme en église chaque maison où l’on chante sa musique.»

Autrement plus étrange est le Via Crucis de Liszt, achevé en 1879. Liszt, qui avait pris les ordres mineurs en 1865, se sentait proche des principes des Céciliens, dans leur refus de la théâtralité romantique et leur recherche de dépouillement. L’austérité de son évocation des quatorze stations du chemin de Croix est d’autant plus fascinante qu’elle fait ressortir avec acuité les contrastes entre un idiome digne de Palestrina ou de Bach et des avancées jusqu’aux lisières de l’atonalité.

Concert Orchestre national de Lille
Ensemble Ictus - London Symphony Chorus - Maîtrise Boréale Mercredi 12 janv 2005
20h00

Concert Ensemble Intercontemporain
Jeune Choeur de Paris, Les Cris de Paris, Orchestre du Conservatoire de Paris Vendredi 14 janv 2005, 20h00

Concert Musiques françaises sous Henri II, Samedi 15 janv 2005, 20h00

Concert Musiques anglaises sous les Tudor, Dimanche 16 janv 2005, 16h30

Concert RIAS Kammerchor, Mardi 18 janv 2005, 20h00