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Comment Jésus vient -il à notre rencontre ?

Et le Christ, comment évangélise-t-il ? Entretien avec Marcel Domergue, prêtre jésuite, à partir de l’évangile de la Samaritaine. Un extrait du dernier numero de la revue Croire Aujourd'hui Jeunes Chrétiens

Propos recueillis par Romain Mazenod pour Croire Aujourd'hui Jeunes Chrétiens
17/09/2004

Dans le passage de l’évangile sur la Samaritaine, c’est Jésus qui vient à la rencontre de cette femme. Comment se passe ce premier contact ?
Jésus est fatigué du voyage. Il est midi et il fait chaud. On nous montre ici que Jésus a connu les mêmes réalités que nous : la fatigue, la faim, la soif… Alors que, souvent, on se représente Jésus sous l’image du Christ triomphant. Il rencontre la Samaritaine qui vient puiser de l’eau au puits. Notons que cette femme n’a pas de nom et restera sans nom : au fond, c’est Madame-Tout-le -Monde.
Le thème de la soif représente le désir. Normalement, Jésus est celui qui vient combler la soif, le désir. Mais ici, il commence à montrer qu’il est lui-même habité par un désir. Il a besoin de la Samaritaine. Il est venu attendre cette femme qui représente toute la Samarie, l’étranger, le peuple qui n’a pas droit aux bénédictions d’Israël. Quand elle s’étonne qu’un Juif vienne lui demander de l’eau, Jésus lui répond “ Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui lui aurais demandé de l’eau. ”

Au fond, il la surprend ?
Jésus parle d’une eau vive, c’est-à-dire vivante, jaillissante. Le thème de l’eau revient souvent dans la Bible mais il y a deux sortes d’eau. L’eau qui coule de source, l’eau de pluie, l’eau en mouvement, signe de vie. Et puis, l’eau stagnante, signe de mort. Par exemple, quand Jésus marche sur les eaux, cela signifie qu’il écrase la mort.
Dans le texte de la Samaritaine, s’opère un transfert de la source. Cette source, c’est d’abord Jésus, mais si on boit de l’eau de cette source, on devient à son tour source de vie.
La femme lui répond en plaisantant, en se moquant : “ Donne-moi un peu de cette eau, afin que je n’aie plus soif et ne vienne plus ici pour puiser. ” Jésus, alors, la prend au piège en lui demandant d’appeler son mari, comme s’il ne savait rien de sa vie.

Pourquoi agit-il ainsi ?
Pour que la femme prenne conscience de la vérité de sa vie et de sa solitude. Elle a eu cinq maris et elle est à ce moment-là avec un sixième homme. Mais en fait, elle est très seule.
Dans son histoire, Jésus est le septième homme, le véritable mari, l’époux de l’humanité. Le chiffre sept n’est pas indifférent : il représente la plénitude, de la même manière que le septième jour vient clore la semaine, la compléter. Jésus vient clore la recherche de cette femme, apaiser sa soif de désir.

En quelque sorte, il va à la rencontre de son désir…
Le Christ va toujours à la rencontre d’un désir puisque l’homme, par définition, est toujours insatisfait. On pense parfois qu’il est possible de satisfaire ce désir permanent par l’argent ou par le fait d’avoir beaucoup de femmes ou d’hommes… Mais ce n’est qu’une manière d’apaiser momentanément le désir, ce n’est pas un accomplissement total. Le désir renaîtra sans cesse car rien de ce que nous pouvons acquérir n’est Dieu lui-même.
Le désir est quelque chose de fondamental car il nous montre que nous sommes en route, que nous ne sommes pas encore arrivés. Il crée le mouvement. Tant qu’il est là, il est toujours possible de rencontrer le septième homme, c’est-à-dire Jésus

Et la femme s’en va ensuite pour témoigner…
D’abord, elle laisse sa cruche car, après avoir rencontré Jésus, elle n’a plus besoin d’eau. Elle parle de lui aux autres en se demandant s’il ne serait pas le Christ. Peut-être ne parvient-elle pas encore à le croire. À moins qu’elle préfère questionner pour ne pas affirmer quelque chose qui les déconcerterait complètement.
À la fin, les Samaritains se mettent à croire, non plus sur les dires de la femme, mais parce qu’ils ont entendu Jésus lui-même. La femme a été témoin, elle a été un chemin, mais elle disparaît. C’est pourtant elle qui les a amenés vers lui. En fait, le schéma de la source se reproduit : Jésus donne à boire mais ce qu’ils reçoivent devient source en eux.

Comment peut-on s’inspirer de ce récit pour évangéliser ?
Évangéliser, cela veut dire rencontrer, entrer en contact. Cela commence avec la connaissance de l’autre. Il ne s’agit pas de poser des questions pour lui faire raconter sa vie de A à Z mais il faut être curieux vis-à-vis de l’autre. On s’adresse toujours à quelqu’un qui a déjà sa propre histoire.
Quand on évangélise, on imagine qu’on apporte à l’autre ce qu’il n’a pas. Mais finalement, la personne qui évangélise est là aussi et d’abord pour recevoir ce qu’est l’autre.

Que conseillez-vous ?
N’arrivons pas vers l’autre en nous disant : “ Nous, nous savons, eux, ils ne savent pas. ” Méfions-nous car nous avons presque toujours été précédés. Notre travail d’évangélisation consiste d’abord à identifier la manière dont le Christ est présent dans cette personne. Chez la Samaritaine, par exemple, le Christ est déjà présent à travers cette soif inextinguible d’amour qui lui a fait déjà user cinq maris, plus son homme actuel. Évangéliser, c’est aller à la rencontre d’un désir.

Év. selon saint JeanChapitre 4


1(péricope) Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et baptisait plus que lui. 2 (A vrai dire, ce n'était pas Jésus lui-même, c'était ses disciples qui baptisaient.) 3 Quand Jésus apprit cela, il quitta la Judée pour retourner en Galilée ; 4 il devait donc traverser la Samarie.

5 Il arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, 6 et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi. 7 Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8 (En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.) 9 La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.) 10 Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. » 11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ? 12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » 13 Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » 15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser. »

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » 17 La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, 18 car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai. »

19 La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : 20 nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem. » 21 Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. 24 Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer. » 25 La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses. » 26 Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »

27 Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 28 La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : 29 « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » 30 Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.

31 Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger. » 32 Mais il répondit : « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. » 33 Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? » 34 Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre. 35 Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. 36 Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur. 37 Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.' 38 Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »

39 Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. » 40 Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.

“ Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui lui aurais demandé de l’eau. ” Jn 4 | © DR

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