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Repères > Réflexions

Homosexualité et société

Homophobie, communautarisme et police des idées

Comme s'en est récemment inquiété l'association Reporters Sans Frantières (RSF) la police des idées s’instaure au nom de l’homosexualité : allons-nous vers une pensée totalitaire et toutes les dérives bien connues en d’autres temps ? Eclairages

Tony Anatrella
28/06/2004

C’est en 1973 que l’Association des psychiatres américains a décidé, de façon contestable, de rayer l’homosexualité de la liste des affections mentales par 5816 voix pour, 3817 voix contre et 367 abstentions. Cette question scientifique a donc été tranchée non pas en fonction d’études, d’analyses ou de réflexions, mais par un vote reflétant l’opinion du plus grand nombre. Cela provoqua de vives réactions dans l’association et la promesse pour l’avenir de ne plus jamais traiter de questions psychiatriques de façon aussi peu méthodique. Le conseil d’administration et les membres de cette association avaient subi le siège d’associations homosexuelles qui cherchaient à les persuader par des conférences, des circulaires et diverses publications de ne plus considérer l’homosexualité comme un désordre mental. A la suite de ce coup de force, l’OMS, puis de nombreux pays dont la France, ont rayé à leur tour l’homosexualité de la liste des affections mentales qui demeure, néanmoins, « un trouble psychique de l’identité sexuelle ».

De la reconnaissance sociale à l'homophobie
Aujourd’hui toute prise de parole qui tente de remettre en question les revendications des homosexuels en matière de « droit » au mariage « droit » à l’adoption, etc. est considérée comme de l’homophobie. On confond alors deux ordres de faits : la discrimination des homosexuels, d’ordre personnel (injures et agressions inacceptables) et la question de l’homosexualité, du ressort de la psychologie. Les exactions des États totalitaires devraient nous mettre en garde sur le danger à faire trancher des questions scientifiques par l’intimidation militante. La psychologie homosexuelle consiste justement à vouloir mettre en doute l’identité de l’autre pour se rassurer parce qu’elle ne parvient pas à reconnaître la sienne. Lorsque les homosexuels appellent à lutter contre l’homophobie, il s’agit en réalité d’une interprétation projective ; d’une souffrance à être du sujet qui se retourne en agression contre l’autre. Plus précisément, la notion bizarre « d’homophobie » et son utilisation démagogique doivent être critiquées. Le sens étymologique de ce slogan signifie : « la peur du semblable ». Quel rapport avec l’homosexualité, et qui a peur des homosexuels ? N’est-ce pas plutôt la peur de l’autre sexe, intrinsèque à cette tendance (une peur intime et pas forcément sociale), et ceux qui l’éprouvent qui la projettent en permanence pour évacuer une angoisse en étant « hétérophobes » ? Ne dit-on que la meilleure attaque c’est la défense ? Le citoyen moyen n’a nullement peur de l’homosexualité. Dans une société de droit et de liberté, la critique des idées et des comportements doit rester ouverte. Si des personnes homosexuelles sont agressées, ces rares agressions, que l’on se plait à majorer de façon irréaliste, relèvent de la loi qui prévoient de sanctions pour les délits et les crimes. Il n’est donc pas nécessaire de créer des lois et des tribunaux d’exception à ce sujet à moins de vouloir masquer des arrières pensées idéologiques préjudiciables pour la société et la liberté de penser.

Le retour de la censure ?
Il existe une pression sur les médias pour qu’ils ne donnent pas la parole à ceux qui critiquent les revendications des homosexuels. Et dans les salles de rédaction une censure est exercée, au nom du politiquement correct, au sujet de l’homosexualité. Les médias donnent ainsi uniquement la parole à ceux qui militent pour le droit au « mariage » homosexuel et l’adoption des enfants, en éliminant systématiquement les autres points de vue. Il n’y a pas si longtemps, la presse mettait un point d’honneur à présenter des échanges contradictoires sur ces questions. Des groupes homosexuels exercent un harcèlement qui va jusqu’à agresser physiquement des auteurs, des spécialistes voire des politiques qui interviennent dans ce débat en utilisant de façon incantatoire la supposée « homophobie », nouvelle opprobre qui jette à la vindicte populaire quiconque n’entre pas dans les clichés à la mode. Un autoritarisme de mœurs, pour le moins particulières, irradie progressivement la société et milite curieusement pour que des homosexuels occupent de plus en plus des postes de responsabilité afin de nous libérer des « hétérosexistes ». Ce n’est pas de bon augure pour une société démocratique ; nous oublions ce que les anciens savaient déjà au sujet de l’exercice de l’autorité. La police des idées s’instaure au nom de l’homosexualité : allons-nous vers une pensée totalitaire et toutes les dérives bien connues en d’autres temps ? Nous devons nous interroger lorsque certains députés soutiennent un projet de loi contre « l’homophobie » restaurant ainsi « le délit d’opinion » de sinistre mémoire contre ceux qui s’expriment au sujet de l’homosexualité dans un sens devenu « incorrect ». L’homosexualité n’a jamais été autant banalisée envahissante et valorisée et l’on voudrait nous faire croire que ceux qui adoptent ce mode de vie sont perpétuellement menacés. On repense ici au slogan : « mentez, il en restera toujours quelque chose ! ». Nous sommes dans la mauvaise foi et dans la manipulation de l’opinion publique surtout lorsque certains se plaisent à monter en exemple le moindre incident. Les pouvoirs publics se laissent prendre au piège par des complaisances et des faiblesses qui sont aux confins de la perte du sens des réalités. Ainsi va la dictature des émotions. Il suffit aussi pour mesurer les efforts déployés par les groupes et associations militants d’étudier , par exemple, certains de leurs journaux et magazines luxueux ou de visiter des sites d’associations sur Internet, pour constater l’acharnement obsessionnel avec lequel toute parole est répertoriée, disséquée, dénoncée. Ce moralisme médiatique va jusqu’à vouloir révéler les tendances sexuelles de telle ou telle personnalité et à nommer les bons et les mauvais homosexuels, et s’ils sont dans le conformisme actuel ou, au contraire, s’en dégagent. De nombreux homosexuels sont contre le pacs, le mariage entre personnes de même sexe et l’adoption des enfants. Ils n’ont pas besoin de ces pseudos reconnaissances sociales pour s’accepter. Néanmoins, une véritable chasse aux sorcières est organisée de façon très méthodique et qui, derrière son côté parfois puéril et intellectuellement immature, devient inquiétante quand on sait que bien des totalitarismes ont commencé de cette façon en utilisant la culpabilisation gratuite et la dénonciation manipulatrice.
Plus grave encore est de constater que la plupart des médias, et parfois des hommes politiques, ont fini par intérioriser le même état d’esprit et toute une sémantique façonnée par des associations homosexuelles sous forme de slogans. A force d’être harcelés, certains finissent par accorder des droits sans qu’ils se rendent compte qu’ils réalisent ainsi le syndrome de Stockholm (lorsque les otages finissent par penser comme leurs agresseurs) en s’identifiant à l’emprise de mœurs que l’on veut imposer à la société et qui lui sont contraires. Une identification qui se produit sans distance, sans critique et sans liberté de penser tout en voulant modifier en ce sens les lois. Sommes-nous encore en démocratie ou allons-nous progressivement nous acheminer vers l’oligarchie des mœurs qui morcelle progressivement la société au détriment de l’intérêt général ? Ce climat en dit long sur l’inconscience d’une société qui ne cesse de reculer et qui est l’une des sources de son mal être.


"Non au mariage homosexuel"
La seule réponse que les pouvoirs publics doivent apporter à ces revendications se résume à savoir dire « non au mariage homosexuel » comme a su le soutenir le Ministre français de la Justice, M. Dominique Perben (Cf. interview dans le journal Le Figaro, le 28 avril 2004). Cette négativité est affirmée non seulement parce que la loi française et les Conventions internationales ne le permettent pas, et encore davantage pour l’adoption d’enfants extra-nationaux, mais aussi et surtout parce que, tout simplement, le couple, le mariage et la famille comme l’éducation et l’adoption des enfants sont le fait d’un homme et d’une femme. Ainsi le rappelait Mme Elisabeth Guigou, Ministre de la Justice qui a soutenu l’adoption du pacs en première lecture à l’Assemblée Nationale le 9 octobre 1998 : « Le pacs est radicalement différent du mariage parce qu’il n’est pas question, ni aujourd’hui ni demain, que deux personnes du même sexe puissent se marier. » Et d’affirmer plus loin : « Je le dis avec la plus grande fermeté : un enfant a besoin pour sa structuration d’avoir face à lui un modèle de l’altérité sexuelle, un référent homme et un référent femme. » A la même époque le Cardinal Louis-Marie Billé, Président de la Conférence des Évêques de France, s’était exprimé en termes identiques dans une déclaration en jugeant que la réforme du pacs était inutile et dangereuse. « Il n’y a pas d’équivalence entre la relation de deux personnes de même sexe et celle formée par un homme et une femme. Seule cette dernière peut être qualifiée de couple. » L’un comme l’autre rappelaient une évidence banale de l’humanité qui traverse toute l’histoire et qui est la seule à ouvrir l’avenir. Tout le reste est du domaine de la discussion vaine qui participe à quelques obsessions maniaco-affectives. Il ne faut pas confondre un mode de vie privé fondée sur une particularité sexuelle et le droit au mariage. Toute situation privée n’est pas en soi légitime. En voulant faire croire l’inverse dans le cynisme le plus destructeur, le discours des nouvelles élites des manifestes médiatiques est socialement pathogène. C’est pourquoi la majoration sociale de l’homosexualité est un des symptômes de la société dépressive comme je l’avais décrit dans un de mes ouvrages (cf. Non à la société dépression, Champ Flammarion).

Les personnes sont sujets de droits et non leur tendance sexuelle
Une chose est pour des personnes de se vivre avec cette tendance, et une autre est de faire croire que la relation homosexuelle devrait être reconnue légalement au nom de l’égalité entre les personnes. Elle reste une tendance et un problème psychique qui n’a pas vocation à être une norme sexuelle et encore moins à être créateur de normes. Le seul problème politique de l’homosexualité est celui du respect de la personne qui a les mêmes droits que les autres citoyens, mais qui ne peut pas participer à la définition du couple, du mariage et de la famille qui relève uniquement de l’union formée entre un homme et une femme. Le respect de la dignité et des droits de la personne humaine ne signifie pas que toutes les situations se valent et ouvrent aux mêmes droits. Le principe d’égalité du mariage s’applique bien à l’association d’un homme et d’une femme mais certainement pas à deux personnes du même sexe qui sont dans la situation contraire de la règle d’universalité du droit qui se fonde, en matière matrimoniale et familiale, sur la différence sexuelle.
La plupart des articles publiés dans la presse nous égarent dans un faux débat : arguments religieux contre arguments politiques. Or, il ne s’agit pas ici d’un conflit entre des arguments religieux (Dieu a créé l’homme et la femme et a voulu qu’ils s’associent dans le mariage) et des arguments politiques (la démocratie décide de la forme de son organisation) mais d’un conflit sur un enjeu qui est d’abord anthropologique et qui concerne les vérités à partir desquelles l’humanité se structure et s’organise. Il s’agit de savoir quel modèle sexuel la société doit instituer et à partir de quelle forme d’association le lien conjugal et familial se fonde ?


Principe de précaution
L’homosexualité est une situation particulière et privée et cette forme de sexualité n’a pas à être socialement organisée puisqu’elle est une réalité différente du couple homme/femme, représentant l’altérité sexuelle, et ne contribue en rien aux valeurs sociales et au développement de la société. Celle-ci n’a pas à instituer l’homosexualité ni à redéfinir le couple, la famille, la filiation à partir d’une tendance sexuelle. Au nom du principe de précaution, il est tout à fait possible de prévoir les conséquences sur la société sur plusieurs générations. Il a fallu près de soixante dix ans de catastrophes humaines, économiques, culturelles, spirituelles et morales pour que des intellectuels acceptent de voir en face les effets néfastes du marxisme. Est-il nécessaire de refaire cette sinistre expérience, quand on sait que l’on ne tient jamais compte des leçons de l’histoire et que l’on répète les mêmes drames ? Les générations suivantes finissent toujours par faire le procès des précédentes qui leur ont laissé en héritage le produit de leur transgression.
L’erreur du pouvoir politique, comme je l’avais annoncé en son temps, est d’avoir ouvert une brèche juridique avec le pacs et l’inscription dans le Code civil du concubinage homosexuel qui laissent entendre que la relation homosexuelle peut être qualifiée de « couple ». L’un comme l’autre étaient un prétexte, voulu par les militants et facilité par la maladresse des sénateurs opposés au pacs, afin d’imposer la revendication du mariage et l’adoption d’enfants par des homosexuels. Tout ceci relève d’un manque de rigueur intellectuelle pour évaluer les enjeux et les problèmes qui vont se poser à long terme comme cela est déjà vrai, sur un autre plan, dans le domaine de l’écologie. Nous sommes dans une société à symbolique maternelle qui favorise l’indistinction sexuelle et les bons sentiments prêchés par la cléricature médiatique. L’immaturité affective domine les personnalités contemporaines et culmine dans la « télé-réalité » et la multiplication d’émissions de témoignages impudiques et doloristes où se confondent le privé et le publique. Une situation qui est le résultat de la négation de la différence sexuelle quand on croit que tout se vaut. Le rôle du pouvoir politique est de ne pas se laisser entraîner dans le maternage incestueux de la société actuelle, en sachant marquer les limites face à des revendications capricieuses de ceux qui confondent leur mode de vie affectivo-sexuelle avec ce qu’est un couple, le mariage et la famille.
Depuis des années, sous l’influence du discours médiatique, nous voyons les limites reculer davantage et à chaque fois un pas de plus être franchi au nom d’une liberté toute narcissique. Les émissions de télé-réalité ont provoqué, par exemple, une avalanche de critiques lorsque les chaînes de télévision ont commencé à les imposer au public. D’émissions en émissions ce sont des comportements toujours plus régressifs qui suscitent le voyeurisme des téléspectateurs. D’ailleurs, ces derniers conscients, des franchissements transgressifs, se demandent ce que les producteurs vont encore inventer ? Il semble que le sexe, l’homosexualité et la religion soient les prochains ingrédients de base des émissions de télévision. Il en a été de même avec les mœurs que l’ont veut légitimer par la loi. Le pacs a été l’objet de fortes les critiques pendant que le pouvoir politique prenait toutes les précautions oratoires pour jurer que ce contrat n’avait rien à voir avec le mariage et encore moins avec l’adoption des enfants.

Tout a été dit et les critiques sont toujours d’actualité ; le débat n’est pas clos même si la loi a voulu glacer la réflexion. Que se passe t-il à présent ? On veut, à nouveau, franchir une limite en revendiquant le mariage et l’adoption des enfants par des homosexuels. Dans le déni des réserves et des engagements d’hier on veut faire céder le pouvoir politique en manipulant l’opinion publique qui a la mémoire courte. Les militants de cette cause pensent que la critique est atone et n’a plus raison d’être, alors qu’elle demeure mais qu’elle est réduite au silence par les médias. Dans cette logique de pratiques de l’extrême, comme le firent en d’autres périodes de l’histoire des groupuscules politiques qui finirent par arriver au pouvoir, comment s’étonner de voir des jeunes s’adonner à une démultiplication de conduites à risque quasi suicidaires ? Évidemment, on s’interrogera sur la nécessaire prévention du suicide des jeunes sans ne rien comprendre à ce qui se passe. Lorsque le pouvoir politique laisse s’affaiblir les valeurs structurelles de la société qui ne dépendent pas du pouvoir du législateur, il suscite les conduites les plus déréelles.

Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale

Les intertitres sont de la rédaction

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