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Repères > Réflexions

Christianisme, mariage et homosexualité

La banalisation de l’homosexualité, ainsi que les revendications pour le mariage et l’adoption des enfants, sont portées par un mouvement idéologique - la théorie du Gender - qui laisse entendre que le couple et la famille devraient davantage reposer sur des orientations sexuelles que sur la relation formée par un homme et une femme.

Tony Anatrella
17/05/2004

L'idéologie du Gender légitime aussi bien le couple hétérosexuel, homosexuel, transsexuel et des autres tendances sexuelles, en les mettant toutes sur le même plan et en faisant régresser le mariage, qui est une institution, à un simple contrat civil. Or nous sommes ici en présence d’une vision irréaliste qui nie l’existence des deux seules identités sexuelles, celle de l’homme et celle de la femme dont la relation commune fonde le lien affectif et social du mariage. Celui-ci est un des fondements du lien social qui ne peut pas être à la libre disposition des mouvements de la subjectivité individuelle. Autrement dit, faut-il ériger des cas particuliers en normes universelles ? Le texte de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, publié le 1er août 2003, critiquant la légalisation de l’homosexualité affirme avec raison : «aucune idéologie ne peut effacer de l’esprit humain cette certitude : le mariage n’existe qu’entre deux personnes de sexe différent».

La double réalité de la différence sexuelle et la fécondité appartiennent à la structure même de la relation homme/femme et de l’institution du mariage. Il s’agit d’un principe de réalité qui s’impose à la conscience politique et à la réflexion philosophique et religieuse. C’est pourquoi, le mariage, qui institue, dans toutes les sociétés humaines, la relation formée entre un homme et une femme, «a été élevé par le Christ à la dignité de sacrement». Il est le signe de l’alliance entre Dieu et l’humanité, du Christ et de son Église (Ep 5, 32). Le sens chrétien du mariage vient renforcer et valoriser sa signification humaine.

La reconnaissance juridique de «l’union» entre des personnes de même sexe vient contredire un principe universel qui est social et politique avant d’être religieux. Certes le christianisme, au nom des principes de la raison, assume les diverses réalités humaines pour en révéler toute leur dimension religieuse. La société ne saurait se laisser intimider par des arguments spécieux qui voudraient faire croire qu’il faut se libérer d’une argumentation religieuse en montrant que le sens du mariage dépasse le cadre de la différence des sexes et concerne toutes les formes d’union au nom de l’égalité des citoyens devant la loi. Or l’argumentation de l’Église s’appuie sur un principe de réalité partagé par toute l’humanité : c’est l’union d’un homme et d’une femme qui fonde la société et son histoire. La société n’a pas à reconnaître ni à organiser légalement toutes les associations affectives. Seul le mariage vient instituer la relation entre un homme et une femme.

L’Église est à l’origine d’un nouveau type de mariage centré sur le sens de la dignité et de la liberté de la personne humaine partagé par l’homme et la femme. Il a fallu près de vingt siècles pour qu’il soit accepté culturellement et politiquement par la société. Pour lutter contre la confusion des alliances entre homme et femme et les mariages clandestins, François 1er avait confié à l’Église le soin d’enregistrer juridiquement le mariage qui produisait des effets civils et religieux. Avant la Révolution française de 1789, il existait déjà un débat parmi les canonistes et dans la société afin de séparer le mariage civil du mariage religieux pour tous les citoyens. Le 20 septembre 1792, l’Assemblée reprend à son compte le mariage conçu par l’Église : il est fondé sur l’alliance d’un homme avec une femme, sur leur élection libre pour lutter contre les mariages forcés ou arrangés par les familles, sur l’égalité entre l’homme et la femme et sur la constitution d’une communauté de vie pour le bien des conjoints et assurer la procréation et l’éducation des enfants au sein d’une parenté repérable, formée par un homme et une femme. Dès cette époque, les registres de l’état civil sont confiés aux mairies. Le mariage retenu dans sa dimension civile est ainsi reconnu de façon manifeste comme un ferment du lien social. Le christianisme a libéré et promu le mariage monogame entre l’homme et la femme en y intégrant la liberté des conjoints, leur égalité, l’expression sexuelle et la jouissance partagée et la responsabilité parentale. Il s’agit de vérités qui structurent et humanisent l’humanité à commencer par le couple formé par un homme et une femme, le mariage et la famille. L’argumentation religieuse qui justifie le bien fondé de l’unique alliance entre un homme et une femme ne fait que renvoyer à des principes de raison qui engagent toute l’humanité et toutes les sociétés qui la composent.

Le déni de raison frappe souvent la psychologie humaine. Il est d’autant plus actif quand on veut que la liberté de se marier entre un homme et une femme concerne également des personnes de même sexe ! Ainsi assiste-t-on au dévoiement du sens de la liberté lorsque l’on refuse les limites dans lesquelles elle est possible. La liberté absolue n’existe pas.
Les relations homosexuelles ne peuvent pas être assimilées au mariage et à la famille. Rien dans l’histoire de l’humanité ni dans l’Écriture Sainte ne permet d’accréditer l’idée que l’on puisse en faire une valeur et organiser ces «unions» comme celle entre un homme et une femme dans le mariage. Bien au contraire, à maintes reprises dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, les relations homosexuelles sont réprouvées. Une doctrine que L’Église a toujours enseignée et réaffirme encore aujourd’hui en distinguant la tendance et son expression (Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2357 à 2359). Reconnaître juridiquement les «unions» homosexuelles est contraire au bien commun et aux œuvres de la raison.

Il faut également ajouter que si les homosexuels ne sont pas dans les conditions objectives du mariage et de la parenté, ce que comprend la majorité d’entre eux qui peut même en souffrir, il en va de même avec l’appel au sacerdoce. L’Église ne peut accepter en formation et ordonner prêtres que des hommes qui sont capables d’aimer une femme, de se marier, de concevoir et d’éduquer des enfants. Il faut être dans la condition de la maturité affective commune de l’humanité pour être appelé au sacerdoce. Cette fois encore les raisons sont davantage psychologiques et anthropologiques qu’uniquement religieuses, même si ces dernières sont aussi importantes.

L’Église s’est toujours refusée à ordonner prêtres des personnes homosexuelles. La Ratio studorium (le texte des Évêques de France qui organise les études et la formation des séminaristes de 1998) rappelle cette exigence : In chapitre 2 Rapports à l’affectivité et à la sexualité, p. 31-32, « d) La question de l’homosexualité sera abordée avec clarté. On rappellera que celui qui présente des tendances homosexuelles foncières a sa place dans les communautés chrétiennes où il doit trouver accueil et respect (CEC, n. 2358). Mais il ne sera pas appelé au ministère ordonné et devra en conscience orienter sa vie autrement ».

Enfin, il faut noter que des associations homosexuelles se présentent comme «chrétiennes». Elles affirment «être aussi l’Église» alors qu’elles s’opposent à son discours en s’identifiant aux modèles actuels de la banalisation de l’homosexualité. Comment peut-on être chrétien dans l’absence de cohérence avec la pensée de l’Église ? Peut-on être chrétien seul et contre l’Église ? Il faudrait relire à ce sujet la Constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile Vatican II et en particulier le chapitre sur la sexualité humaine n. 46 à 52.

Enfin, certains croient que la pensée de l'Église au sujet de l'homosexualité évoluera avec le temps, comme cela fut le cas avec "l'affaire Galilée". En attendant, ils vivent en contradiction avec les exigences de l'Église dans l'idée de jouer un rôle précurseur. Ils sont dans l'illusion et la manipulation de l'anthropologie chrétienne qui s'est élaborée au cours des siècles et qui s'enracine dans la pensée biblique. L'Église a toujours tenu le même discours: accueil pastoral de toutes les personnes, quelle que soit leur situation, mais refus d'attitudes et de comportements contraires au sens de l'amour humain et de l'altérité sexuelle.

Le Père Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale.

Icone de la rencontre d'Anne et Joachim, détail (Novgorod, Russie, XVIe siècle). | d.r.