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Quinzaine du commerce équitable 2004

Commerce équitable : des chrétiens s’engagent

Le commerce équitable est un commerce social qui vise à établir un rapport d’échanges satisfaisants pour tous et qui a pour principe d’aider des coopératives d’artisans dans les pays en développement à se développer de manière durable.

André Schwartz & Pierre Speich
04/05/2004

Dans les dernières décennies, les échanges commerciaux internationaux se sont considérablement accrus : leur volume a été multiplié par quinze depuis le début des années 50 et leurs modalités se sont libéralisées sous l’impulsion de l’Organisation Mondiale du Commerce (O.M.C.). Une libéralisation fort sélective au demeurant et au seul profit des grandes puissances économiques et des grands groupes multinationaux : libéralisation et déréglementation des marchés solvables dans les secteurs où ils ont une position dominante (services, industries de pointe), mais maintien des protections dans les secteurs où ils pourraient être concurrencés par les pays du Sud (agriculture, sidérurgie).

Inégalités croissantes

Cette conception et cette pratique de la mondialisation accentuent considérablement les inégalités entre pays riches du Nord et pays pauvres du Sud. La part des pays du Sud dans le commerce mondial – et plus particulièrement celle des pays les plus pauvres – n’a cessé de reculer. Aujourd’hui, l’Afrique tout entière ne représente plus qu’à peine 1% du commerce mondial en valeur. Les cours des matières premières – principales ressources de ces pays – ont entamé une baisse presque inversement proportionnelle à la hausse des prix des produits manufacturés (phénomène que les économistes appellent pudiquement « la détérioration des termes de l’échange ») accroissant ainsi l’écart des revenus entre les plus riches et les plus pauvres. D’après un rapport récent du P.N.U.D. (Programme des Nations Unies pour le Développement), dans quatre-vingts pays – il s’agit bien sûr des pays les plus pauvres – le P.I.B. par habitant est aujourd’hui inférieur à son niveau de 1990 et le revenu des 20% les plus riches de la planète est soixante-dix-huit fois supérieur à celui des 20% les plus pauvres !

Quelles que soient par ailleurs nos options politiques ou économiques, il est évident qu’humainement et à plus forte raison « chrétiennement », il est difficile d’accepter de telles inégalités, qui sont autant d’injustices, sans chercher à réagir. L’économie devrait être au service de l’homme et non l’inverse. « Tout travail mérite salaire » : un salaire suffisant non pour survivre mais pour vivre dignement sa vie d’homme et satisfaire ainsi ses besoins élémentaires en nourriture, vêtements, logement, soins, savoir, etc. Or à l’évidence, les conditions actuelles du commerce mondial maintiennent des millions d’êtres humains dans la misère. Ils ne sont pas oisifs, bien au contraire. Ils travaillent souvent dans des conditions difficiles, mais « le fruit de leur travail » est dévalué et ne leur permet pas de vivre dignement. Ils ne demandent pas d’aumône, ils demandent simplement que justice leur soit rendue. Pour répondre à cette demande légitime, diverses organisations et associations ont élaboré dans les années 70 une autre manière de concevoir les relations commerciales, une manière à la fois plus juste et plus équitable.

Prix « justes »

Le commerce équitable, car il s’agit bien de lui, se présente comme une démarche de « mondialisation à visage humain » donnant la priorité aux producteurs les plus pauvres des pays du Sud. Il leur ouvre le marché mondial par ses différentes filières au Nord tout en leur proposant des prix « justes », c’est-à-dire des prix leur permettant de vivre dignement de leur travail et de satisfaire leurs besoins vitaux. Il les protège des aléas des marchés et des spéculations boursières en leur garantissant par contrat un prix minimum, supérieur aux cours du marché mondial. Il s’engage à « préfinancer » une part importante de leur production (jusqu’à hauteur de 60% pour certains produits) pour leur éviter d’emprunter et partant, de s’endetter auprès d’officines pratiquant des taux excessifs. Il accompagne enfin et favorise leur développement autonome en participant à leur équipement et à leur formation.

Né dans le milieu associatif dans les années 70 (la boutique Artisans du Monde de Strasbourg a fêté l’année dernière son vingt-cinquième anniversaire), le commerce équitable a pris un nouvel essor depuis une dizaine d’années. Le nombre des acteurs du commerce équitable a considérablement augmenté en Alsace comme dans toute la France : vingt-cinq ans après la création de la première boutique à Strasbourg, l’Alsace compte aujourd’hui huit commerces associatifs gérés par Artisans du Monde mais aussi par La Cédraie-Artisanat SEL ou par l’A.S.P.A.L., Association de solidarité avec les Peuples d’Amérique Latine (à Haguenau, en collaboration avec Artisans du Monde).

Les acteurs du commerce équitable se diversifient également : à côté des boutiques associatives tenues par des bénévoles et s’approvisionnant auprès de centrales d’achats elles-mêmes associatives tels Solidarmonde ou Artisal, il existe à présent des entreprises privées d’importation et de distribution comme Alter Éco ou Échange Équitable et d’autres encore. Un premier détaillant « privé » s’approvisionnant auprès de centrales d’achat du commerce équitable a ouvert à Strasbourg. En Alsace toujours, mais c’est le cas dans toute la France, des industriels, tels Sati et Warca pour le café ou les Jardins de Gaïa pour le thé, importent, transforment ou conditionnent une partie de leur production dans le respect des règles du commerce équitable. Depuis peu, le commerce équitable s’ouvre même aux consommateurs internautes avec les premières boutiques en ligne (www.commercequitable.com entre autres…).

Dans le même temps, grâce à la labellisation des produits issus du commerce équitable, l’offre a gagné la grande distribution. Il est possible aujourd’hui de trouver des produits labellisés Max Havelaar (voir encadré) aussi divers que le café, le thé, le miel, le riz, l’huile, le sucre, le cacao et le chocolat, les bananes et bien d’autres encore dans les rayons des principaux supermarchés ou hypermarchés de la région ainsi que chez certains détaillants. Le chocolat équitable fait depuis peu une percée chez les artisans pâtissiers et chocolatiers.

Multiplier l’offre

Enfin, dernière évolution – et non des moindres – la notoriété du commerce équitable chez les consommateurs connaît une progression sans pareille. Une enquête menée par Ipsos en 2002 révélait qu’un consommateur sur trois affirmait connaître aujourd’hui l’existence du commerce équitable alors qu’il n’était qu’un sur dix deux ans auparavant. Et c’est bien là le véritable enjeu du commerce équitable aujourd’hui : gagner la confiance du consommateur, multiplier l’offre de produits labellisés et diversifier les points de vente.

Grâce au commerce équitable, 800 000 familles, soit quelque cinq-millions de personnes, vivent mieux sur le plan matériel, maîtrisent leur propre développement, condition d’une vie digne, jouissent d’une liberté d’association jusque-là inconcevable. Leurs conditions d’hygiène et d’éducation deviennent décentes. Ces 800 000 familles sont regroupées dans environ trois-cents unions de coopératives. Mais tous les ans la F.L.O. (Fédération des Organisations de Labellisation du commerce équitable) reçoit jusqu’à cinq-cents nouvelles demandes de la part de coopératives dont vingt à trente seulement pourront être satisfaites ! Pour les autres il leur faudra attendre que les consommateurs soient plus nombreux à acheter des produits du commerce équitable.

L’essor du commerce équitable est désormais entre les mains des consommateurs. Nous, chrétiens, ne devrions pas rester insensibles à cette démarche de justice et d’équité. Or nous pouvons, à notre échelle, jouer un rôle important dans son développement. Il suffirait que dans chaque presbytère, dans chaque foyer paroissial, dans chaque mouvement et service d’Église, dans les cantines de chaque école catholique, dans les cliniques et maisons de retraite, dans chaque lieu de pèlerinage (à l’instar du mont Sainte-Odile) non seulement on consomme des produits du commerce équitable mais surtout qu’on le fasse savoir, qu’on l’explique, pour que les ventes augmentent de manière significative. Le Collectif pour une économie Solidaire – Alsace tient à la disposition de tous ceux qui le désirent une liste des distributeurs ainsi que des moyens d’information adaptés à chaque lieu. Il est prêt également à participer activement à la promotion de la démarche.

Article paru dans "Carrefour d'Alsace", le mensuel du diocèse de Strasbourg, en avril 2004

| © Kaare Viemose

Infos pratiques

Collectif pour une Économie Solidaire – Alsace
17, rue de Boston
67000 Strasbourg
Tél. 03 88 61 15 50
www.alsace-equitable.org

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