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Mgr Saldanha, évêque de Lahore au Pakistan
Mgr Saldanha est évêque de Lahore, ville de 3 millions d’habitants et capitale de la province du Penjab, considérée comme le centre culturel et artistique, au nord-est du Pakistan. Président de la conférence épiscopale Justice et Paix, il témoigne des difficultés que rencontrent quotidiennement les minorités religieuses et la communauté chrétienne au sein d’une république islamique. Un entretien du Secours Catholique / Caritas France
Secours catholique - Caritas France
27/04/2004
Quel est le paysage politique et économique du Pakistan aujourd’hui ?
A l’heure actuelle, le général Musharraf a un contrôle total du gouvernement. Il s’est emparé du pouvoir par la force et son régime repose entièrement sur l’armée. Pour réduire l’emprise des partis politiques, dont l’influence se faisait de plus en plus forte, le président a renforcé le processus de décentralisation. Mais, seulement en apparence. En conférant plus de pouvoir aux deux cent districts du pays, il ne leur a fournit aucun moyen pour leur permettre d’accéder à l’autogestion. Par ailleurs, suite aux attentats du 11 septembre, le Pakistan a été touché par la guerre en Afghanistan. Le pays a, de ce fait, connu une grave crise économique. Les investisseurs se sont retirés. Les étrangers vivant à Karachi ont également été victimes du terrorisme. Un tel contexte est loin de favoriser le développement économique et la démocratie.
Qu’en est-il de la liberté de culte et de la situation des minorités religieuses ?
97% de la population pakistanaise est musulmane. Sur un total de 148,7 millions d’habitants, seuls 2,6 millions sont chrétiens. Les minorités Hindoues, Chrétiennes, Sikhs ou « Ahmadis », sont considérées comme des citoyens de seconde classe. Jusqu’à l’abolition de la loi en janvier 2002, ils devaient s’inscrire sur une liste électorale différente et voter exclusivement pour des élus issus de leurs minorités. Au quotidien, ils subissent brimades, tortures, esclavage agricole et sont parfois évincés de leurs propriétés. Cependant, en comparaison avec d’autres pays musulmans, les chrétiens sont libres de pratiquer leur religion.
Outre les lois discriminatoires dont ils sont victimes, la loi du « blasphème » est la plus grave et la plus utilisée contre les chrétiens. Sur un simple témoignage, ils peuvent être accusés d’avoir, par des paroles écrites ou orales, souillé le Coran ou le nom sacré du Prophète. Puni de mort, cette accusation résulte souvent de vengeances personnelles, de règlement de compte entre communautés. La parole d’un musulman prévalant sur celle d’une personne appartenant à une minorité, il est très difficile pour celle-ci de se défendre. Un avocat, engagé par « Justice et Paix », est chargé de défendre les personnes accusées à tort. Mais l’injustice de cette loi n’a d’égale que la sentence prononcée. Le 6 mai 1998, un évêque s’est donné la mort pour protester contre la loi sur le blasphème.
Après la journée mondiale de la femme le 8 mars dernier, que peut-on dire de la condition de la femme au Pakistan ?
Les mesures discriminatoires touchent tout autant les femmes que les minorités. Dans cette société patriarcale, la parole d’une femme n’est pas égale à celle d’un homme : pour prouver un crime, le témoignage d’un homme vaut celui de 2 femmes. Elles peuvent cependant travailler dans les bureaux, les usines, l’enseignement, les hôpitaux ; deux femmes sont même pilotes d’avions ! Il y a quelques progrès. Un organe politique, la « Commission nationale pour les femmes », a été créée il y a un an pour défendre le droit des femmes au Pakistan. Elle lutte pour que ces lois discriminatoires soient abolies. Mais dans un schéma culturel où les hommes ont tous pouvoirs, c’est difficilement réalisable.
Le véritable problème reste les crimes d’honneur, pratique courante et en forte augmentation dans tout le pays. Dans le sud, un frère peut encore tuer sa sœur, sur simple suspicion ou accusée d’avoir entaché l’honneur de la famille. 450 femmes sont assassinées chaque année en toute impunité, pour avoir voulu épouser l’homme de leur choix, avoir eu des relations sexuelles hors mariage, ou même pour avoir été violées. La grande majorité ces crimes ne sont pas punis par la loi. Ces crimes sont commis dans tous les milieux, et ne concernent pas seulement les régions rurales, mais également les villes et les milieux dits "éduqués"
Quelles actions menez-vous avec la Commission Justice et Paix ?
Le rôle de la Commission «Justice et Paix» est d’alerter et de signaler les pratiques et actes discriminatoires exercés à l’encontre des minorités, des femmes, et des enfants. A ce titre nous publions un journal diffusé en anglais à 500 exemplaires et envoyé aux églises, aux médias, aux autorités locales et ambassades. Il est primordial aujourd’hui de faire prendre conscience des difficultés que rencontrent chaque jour les chrétiens et les autres minorités religieuses, dans un pays musulman. Un programme d’éducation, de justice, de paix, et de développement des femmes doit être mis en place. Pour se faire, nous sollicitons le soutien de tous.
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