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La Théologie en classe prépa
Pour la deuxième année consécutive, le lycée privé de la Perverie, du diocèse de Nantes, prépare ses élèves de classe préparatoire au Concours Général de Théologie. Fournissant à lui seul un tiers des candidats, il a déjà récolté plusieurs prix l’an dernier. Interview de Michel Fauquier, organisateur de la préparation et de trois candidates, juste avant les épreuves du samedi 24 janvier 2004.
Propos recueillis par Thomas Gueydier
24/01/2004
inXL6 : Qu’est-ce que le Concours Général de Théologie ?
Michel Fauquier : C’est une initiative, datant de cinq ans, qui est partie de l’idée de prêtres du diocèse de Paris qui étaient en charge des aumôneries de l’enseignement public, particulièrement de lycées prestigieux, où ils avaient fait le constat que les élèves des classes préparatoires ne trouvaient pas beaucoup de profit à venir dans le cadre habituel des aumôneries. Ils ont donc cherché un moyen de toucher cette population particulière, qui regroupe les futures élites de la société française, pour évangéliser en profondeur, pour toucher la totalité du corps social en quelque sorte. C’est ainsi qu’est né le Concours Général de Théologie, conçu pour intéresser ce type d’élèves et pour leur offrir quelque chose qui puisse, sur le plan personnel, leur permettre de progresser à un moment où ils progressaient dans tous les domaines sauf celui de la foi.
Quelles sont les épreuves du Concours Général de Théologie ?
Michel Fauquier : Il faut préciser avant tout que, contrairement aux concours généraux officiels, organisés par l’Education Nationale dans les autres disciplines, le Concours général de théologie ne s’adresse pas à des lycéens mais uniquement à des élèves de classe préparatoire, de toutes les classes préparatoires, quelles qu’elles soient. C’est sa spécificité.
Perrine : Il y a un écrit qui dure trois heures et demi, avec cinq petites questions auxquelles on répond rapidement en trois quatre lignes et une grosse question, qui est l’intitulé d’une dissertation, ou un commentaire à partir d’un texte de l’Evangile. Grâce à cet écrit, dix candidats sont sélectionnés pour un oral à Paris, où ils ont une heure de préparation et dix minutes de passage sur une citation.
Les questions portent sur la théologie en général ?
Michel Fauquier : Non, ce ne sont pas des questions qui portent sur la théologie en général mais sur un thème théologique qui est fixé tous les ans, le thème de cette année étant la Création. Pour ce qui est des quelques questions que l’on pose d’abord au candidat, j’aimerais rajouter qu’on leur demande de répondre " oui " ou " non " ou " plutôt oui " ou " plutôt non " et de justifier ensuite leur réponse en quelques lignes. Il s’agit juste de départager ceux qui ont sérieusement préparé le concours et ceux qui l’ont peut-être un peu moins sérieusement préparé.
Depuis quand le lycée de la Perverie prépare-t-il à ce concours peu commun ?
Michel Fauquier : C’est la deuxième année. Nos classes préparatoires étaient trop récentes, il y a cinq ans, pour se lancer dans des préparations de ce type-là. Il fallait d’abord s’assurer de la qualité de la formation avant d’y ajouter des éléments supplémentaires. Mais, de ce point de vue, nous n’avons pas à le regretter puisque l’année dernière nous avons eu un tiers des admissibles nationaux et un tiers des lauréats. Un tiers des concurrents venaient du lycée de la Perverie. Sur les six lauréats, deux étaient de chez nous, dont Perrine.
Perrine : J’ai eu le deuxième accessit.
Combien de professeurs sont impliqués dans la préparation du Concours Général de Théologie à la Perverie ?
Michel Fauquier : Je commencerai par citer nos deux aumôniers, l’aumônier du lycée et du collège. De plus, deux professeurs prennent part à la préparation. Monsieur Trochu, le professeur de Lettres classiques et moi-même.
Question piège : le concours général de théologie, calqué sur les autres concours du même nom, qui visent à faire ressortir les meilleurs, ne donne-t-il pas une vision élitiste de la foi ?
Agnès : Non. La preuve : certains élèves qui préparaient ce concours ne se disaient pas catholiques tout en participant activement, en posant des questions…
Michel Fauquier : Le problème ne se pose pas du tout en ces termes-là. Le Concours Général de Théologie n’a pas été créé pour chercher une élite dans les élites. Son origine, comme je vous l’ai indiqué au départ, c’était de trouver une réponse pour des gens qui se trouvent être potentiellement une élite mais qui, finalement, ne se préoccupaient absolument plus des questions de la foi.
Est-ce qu’une telle préparation vous a apporté quelque chose, outre un bagage intellectuel supplémentaire, dans le vécu de votre foi ?
Agnès : Oui, le fait d’étudier la création de l’homme et de la femme cette année m’a amené à approfondir la question de la vocation de la femme par rapport à celle de l’homme. J’ai personnellement approfondi ce thème particulier qui ne me servira peut-être pas directement pour le concours mais davantage pour ma vie. Je ne l’aurais sans doute pas fait si je n’avais pas été aiguillée par cette question de la Création.
La préparation est donc conçue ainsi, pour aboutir à une expérience de foi ? Ce n’est pas qu’une démarche culturelle ?
Carole : C’est quand même plus présenté comme une démarche culturelle, à la base.
Michel Fauquier : Dans l’intention des organisateurs comme dans la nôtre, il est absolument clair que c’est un outil d’Evangélisation. Il est tout aussi clair que, si ce ne devait pas jouer ce rôle, nous arrêterions la préparation de ce concours. Il ne s’agit pas du tout que les candidats apprennent quelque chose en plus sur quelque chose de plus mais il s’agit de leur montrer qu’il y a un domaine, un secteur auquel ils n’ont peut-être pas fait attention mais qui mérite d’être tout autant prospecté que les autres. Que, pour l’instant, les élèves n’en aient pas encore vu les effets, c’est normal. Nous serions des gourous si c’en était autrement ! Si, au bout de trois mois, nous avions provoqué de véritables bouleversements chez chacun d’entre eux, on devrait même d’ailleurs se poser la question de savoir ce que l’on a fait. Je dirais que la connaissance, un peu comme l’amitié, est quelque chose qui s’inscrit dans le temps mais on espère, fermement du coup, que cela ait des effets en les amenant à continuer une réflexion qui n’aura été qu’amorcée et surtout en les ouvrant à un champ qu’ils n’ont pas l’habitude de visiter par eux-mêmes.
Perrine : Les professeurs ont en effet évoqué la Création de manière à nous présenter beaucoup de sujets. On a vu avec Monsieur Fauquier le rapport entre science et théologie et avec Monsieur Trochu, le rôle de l’Homme qui participe à la Création, le rôle de l’artiste etc…
Carole : L’approche n’était pas la même selon les intervenants.
Quelle était donc la problématique particulière de votre cours sur la Création, votre approche, Monsieur Fauquier?
Michel Fauquier : Je leur ai parlé de la manière de se positionner face à une question qui devient cruciale dès que l’on est confronté à la question de la Création, à savoir la question des origines de l’homme. Je suis paléontologue de formation et il se trouve que c’est une question que j’ai travaillée. Je leur ai donc fait part de l’état de la question sur ce point, de la façon dont l’Eglise l’envisage, des difficultés qui ne sont toujours pas résolues, de la manière dont on se pose la question, qui est différente depuis la première formulation des thèses de Darwin… C’est une mis en jambe qui partait du constat d’un contentieux apparent, non pas entre la société et l’Eglise, en l’occurrence, mais entre la Science et l’Eglise, pour leur montrer que la question ne se pose pas fondamentalement en ces termes-là. Par ailleurs, l’Eglise s’est montrée dans ce cas précis d’une très grande prudence et d’un très grand équilibre, là où, habituellement, on a tendance à lui prêter des propos un peu à l’emporte-pièce.
Un ultime conseil à donner à vos élèves avant les épreuves ?
Michel Fauquier : Faire preuve d’imagination, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire aborder le plus profond dans la façon dont on se représente les choses pour donner de la richesse aux approches. U n devoir de théologie, surtout au début, peut se résumer à l’exposé de choses un peu scolastiques, si l’on peut dire, un peu formelles. Mais finalement, quand on pense à la manière dont la recherche théologique a progressé, je pense notamment à saint Jean de la Croix, il y a des manières très diverses d’aborder la question de la connaissance de Dieu au sein de l’Eglise et qui montre que chacun, avec sa personnalité, a le moyen d’exprimer des choses qui peuvent être très fortes par des biais qui peuvent être très différents.
La prière est-elle recommandée avant de passer le Concours Général de Théologie ?
Michel Fauquier : Il est clair que, pour un chrétien, se préparer à une épreuve, quelle qu’elle soit, suppose la remise de soi à Dieu, pas sous la forme de " Mon Dieu, je n’ai rien fait, faite que je sache tout le jour du concours " mais sous la forme d’une vraie remise de soi à Dieu. Il faut plutôt se dire et dire à Dieu : " J’ai fait ce que j’avais à faire, maintenant c’est à opérer pour la plus grande gloire de Dieu et le reste du chemin, d’une certaine manière, c’est à Dieu de le faire ".
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Bonne chance aux candidates ! | (c) DR
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