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Cultures > Musique
Entretien avec Steven Gunnell, première partie
Steven Gunnell, retrouvailles avec Dieu
A l'occasion de son retour sur scène et de la sortie de son premier album solo, inXL6 a rencontré Steven Gunnell. Dans cette conversation en trois parties, le chanteur retrace son retour à la foi chrétienne, son parcours musical, et son regard sur une Eglise qu'il retrouve après des années.
Pierre-Yves Stucki
10/06/2003
Des yeux bleus lagon, un sourire Ultra Brite, un physique de playboy... Dès le premier coup d'oeil, on ne s'étonne pas que Steven Gunnell ait été repéré dans le casting d'un boys band. Mais son look aujourd'hui détone : pantalon de treillis, Timberland délacées... et pour brouiller définitivement les pistes, petites médailles de la Vierge au ras du cou. Incontestablement, Steven Gunnell a changé, depuis l'époque, pas si lointaine pourtant, où il connaissait une gloire aussi immense qu'éphémère avec le groupe Alliage. Car l'aventure des boys band s'est finie en désastre. L'acharnement des producteurs à presser le citron jusqu'au bout a eu raison de ces ensembles créés artificiellement. Alors Steven, le petit niçois monté à Paris pour « être artiste », est parti encore plus au Nord, à Londres, où il s'est retrouvé à galérer pendant deux ans, de petits boulots en petits boulots. Aujourd'hui, le revoici sur scène, envers et contre tout, avec son premier album solo dans les bacs. C'est l'histoire d'une spectaculaire renaissance que raconte Steven Gunnell dans un long entretien qu'il a accordé à inXL6.
inXL6 : A Londres, tu cherchais l'anonymat, tu l'as trouvé au-delà ce que tu pensais...
Steven Gunnell : Forcément, ça a engendré des crises d'angoisse. Du monde dans lequel on te portait sur un piédestal, on venait te chercher en limousine en bas de chez toi pour des conférences de presse dans les restaurants chics de Paris, tu te retrouves dans le métro de Londres, entouré de milliers de personnes. Tu as les vertiges qui arrivent, tu comprends pas ce qui se passe. Il y a tout un travail de méditation qui a commencé. A Kensington, là où je travaillais, il y a l'église Saint Pierre dans laquelle, je ne savais pas pourquoi, je rentrais de temps à autres... à Saint James aussi, une petite chapelle magnifique, dans une cour intérieure... C'était le début d'une thérapie, mais authentique, forte, sans l'aide d'une personne physique en face de toi, sans l'aide d'un thérapeute, qui allait te mettre le doigt là où il voulait spécialement te faire mal. Ca a été véritablement pour moi une thérapie spirituelle ...
... une ascèse ?
[soupir] Carrément ! Et c'est l'un de mes grands messages au près des jeunes d'aujourd'hui. On le voit, le mal être, qui vole à la surface d'une certaine génération. On le voit, qu'il y a de plus en plus de Xanax, de Mopral pour les ulcères qui est vendu. On sent ce côté obscur qui prend une ampleur. C'est de là que vient le danger. Mais putain, ça sert à rien ! Tout est spirituel. C'est pas dans le conscient, dans le subconscient, dans le cerveau que ça marche : c'est dans le coeur, que tout doit se résoudre. Et cette thérapie, je l'ai faite avec ma propre rencontre avec Dieu, ou plutôt ces retrouvailles.
Et ces retrouvailles, elles ont lieu quand, précisément ? Déjà à Londres ?
Non, c'était l'année dernière. Mais auparavent, ça a demandé un immense travail de ma part. Le Seigneur me disait « Moi, je suis là, mais... dépouille-toi encore un peu plus. » Il me demandait de me mettre encore plus qu'à poil ! Et je Lui disais « Mais arrête ! Parce que j'ai plus rien, là ! Je suis dans 25 m² chez un pote, je suis RMIste... Tu as bien voulu que je sois une star il y a trois ans, je reconnais mes fautes, mais aide-moi un peu plus, là ! – Oui, oui, mais je t'aide, là, je te porte... Mais avant de te donner encore plus, dépouille-toi encore. » Et je ne comprenais pas ce qu'Il me disait. Je comprenais pas ce que Dieu me demandait véritablement. Si ce n'est de me dépouiller, de me détacher de tout, et de me remettre entièrement à Lui. Mais c'était du chinois, à l'époque, pour moi ! Parce que j'avais pas encore ouvert assez mon coeur. Enfin, je comprenais, mais je savais pas comment faire ! Il faut pas savoir le faire, il faut le faire, en ouvrant son coeur.
Tu parles de retrouvailles, plus que d'une rencontre...
Parce que je suis né dedans. Ma mère est une femme... [silence]
Pendant ton showcase tu as beaucoup parlé de ta mère. Elle compte beaucoup pour toi ?
Ah... ma mère, c'est mon icone à moi ! Tout ce que Dieu m'accorde, toutes les grâces que je reçois, passent par elle. Ca a été la première à m'avoir pardonné, avant que je me pardonne moi-même. A l'époque de ma chute, où j'ai dilapidé tout mon argent, tous mes biens, où j'étais surendetté, que je picolais tous les soirs pour oublier, c'est la première qui dans son coin, à Nice, allait à la petite chapelle Sainte Rita, et dans le silence, dans l'ombre elle priait, tous les jours, tous les jours. Elle allait demander au secours. Et pendant ce temps moi, à Londres, à 2000 km d'elle, je ne savais pas pourquoi mais de temps en temps j'allais à Saint Pierre ou Saint James, allumer un cierge. J'étais là sans être là, je ne savais pas quoi dire. J'allais râler, c'est tout ce que j'allais faire. J'allais pas dire merci, ça c'est certain ! Mais à genoux, par contre, j'allais dire « Fais quelque chose, quoi ! » C'est là qu'Il disait, « Oui, oui, mais pas tout de suite, on va d'abord travailler tous les deux. »
Tu disais que tu étais « né dedans » : c'est le succès qui t'a éloigné de la religion, ou tu avais déjà tourné la page avant, à l'adolescence ?
Non. J'ai à droite une mère d'amour, une sainte, une femme de prière, de foi, une spirituelle... C'est une colombe. Et à gauche un père rocker, athée, qui m'a bercé avec Deep Purple, les Rolling Stones et Black Sabbath. Tu vois l'équilibre ! Je suis né dans cette foi, j'ai été baptisé, mon père n'a jamais fait obsctacle à ma première communion... Vers 10-12 ans, après la communion, ça suffisait comme ça. J'avais autre chose à foutre ! J'ai eu ma période rebelle. Le rock a commencé à prendre de l'ampleur dans ma vie. Vers 14 ans à peu près, quand le mouvement grunge est arrivé en France avec Nirvana, Pearl Jam, Sound Garden – Timberland, jean déchiré, la chemise à carreau, les cheveux longs, le snowboard à fond la caisse – ça a été une révélation pour moi ! J'ai dit « Ca y est, j'ai trouvé ma voie ! ». Je savais qu'un jour, au cinéma ou dans la musique, je serai sur scène. A 14 ans je savais que j'étais un artiste. J'ai toujours pensé à Dieu, j'ai toujours eu la foi, j'ai toujours été croyant. Mais c'est vrai que par rapport à l'Eglise même, oui, j'ai mené ma barque. A un moment donné je suis devenu bouddhiste. Vers 17 ans je m'étais pris vraiment dans le mouvement rap, donc je trainais beaucoup avec de jeunes musulmans, tiens je vais me convertir musulman aussi, puis j'ai eu beaucoup de juifs autour de moi, tiens je vais devenir juif.... J'ai tout le temps eu cette recherche.
Donc tes retrouvailles, ou ta reconversion, c'est pas le truc venu comme ça au milieu de nulle part. Il y avait un terrain.
Ah oui ! Il y a 20 ans de pèlerinage derrière ! Vers vingt ans, quand je suis monté à Paris, j'étais très spirituel, mais plutôt avec une certaine philosophie, une façon de vivre. Je lisais énormément les Ivanov, Paulo Coelho, Khalil Gibran... J'ai toujours été persuadé qu'une force m'entourait, j'ai toujours cru en la puissance de l'amour, de la douceur, de l'harmonie, du don de soi total. Tout ça a fait qu'un moment donné, avec les épreuves etc. et au travers de certaines victoires, après des mois et des mois de prière de messe, d'eucharistie, il s'est passé ce qui devait se passer. Forcément, il y a eu ma rencontre, un jour. Suite à cette rencontre je suis descendu dans le Sud pour voir si j'avais rêvé, si j'avais déliré ou si c'était vraiment un miracle. Quand je suis descendu voir ma mère et qu'elle m'a dit « est-ce que je peux te montrer un truc », j'ai dit oui. Elle m'a amené pour la première fois dans cette chapelle à Ste Rita. Je suis tombé à genoux [long silence]. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'ai commencé tout doucement à ressusciter, vraiment, à revivre, devant cette suprématie de lumière, d'intelligence, de douceur, d'amour, de paix absolue. Autour de moi, de plus en plus, il y a eu des guides spirituels qui m'ont rassemblé à moi-même, qui ont fait que je me suis regroupé, retrouvé avec moi-même. Ca a été un combat extraordinaire, je me suis rendu compte à ce moment que je me suis vraiment dispersé, d'un point de vue émotionnel, spirituel, psychologique... Ca a été un long combat pour rassembler tout ça. Ca s'est fait au travers de confessions, de méditations, de prières, de dialogues avec les Pères de la chapelle Ste-Rita à Nice.
Ce recueillement, le fait de se regrouper, de recueillir...c'était la dernière étape qui manquait, le dernier truc dont il fallait que tu te dépouilles ?
Ah oui ! En fait Il me disait tout simplement : « Pardonne-toi. Je ne peux rien faire de plus. Parce que moi je t'ai déjà pardonné. Ta mère t'a pardonné. Ton entourage t'a pardonné. Tant que tu ne te seras pas pardonné toi-même... je peux pas rentrer, là ! » Et moi : « Ouais, oh, c'est facile ! Attends, cool... J'arrive, laisse-moi le temps... T'es marrant, toi... N'est pas Jésus qui veut ! ». Ca m'a frappé, aussi, l'humour : l'humour de la Bible, l'humour du Christ, l'humour des Pères. C'est ça qui m'a frappé tout de suite dans l'Eglise. Pour moi, c'était fantastique ! Moi je la voyais encore ringarde, ancienne, vieille, fermée, y'a que des vieux, y'a que des bourgeois, ou y'a que des très très pauvres... Il y avait rien qui me faisait triper. Mais en fait pas du tout ! Il y a une vie, là-dedans !
Seconde partie : « Le rock fait passer un message en bousculant »
Troisième partie : « Dans l'Eglise, il y a de la joie, de la simplicité »
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| (c) Rejoyce
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